Trois pilotes de la Patouille de France ont été sauvés par leur siège éjectable suite à une collision lors d’un exercice, mardi 25 mars, près de Saint-Dizier.
Une manœuvre technique qui se joue au dixième de seconde et reste violente pour le corps, selon les experts.
Le 25 mars à 15h35 lors d’un exercice de la Patrouille de France, six Alpha Jet de la patrouille de France amorcent une formation en piqué vers le sol, dans le ciel qui surplombe la base aérienne de Saint-Dizier (Haute-Marne). Deux d’entre eux se percutent, avant une spectaculaire chute à la verticale. On distingue, à quelques centaines de mètres du sol, les silhouettes des trois pilotes, éjectés en l’espace de quelques secondes de leurs cockpits respectifs. C’est cette manœuvre millimétrée qui a sauvé la vie des aviateurs, qui s’en sortent « conscients », bien que « polytraumatisés ».
L’accident, comme l’éjection, sont une question « de micro-secondes », expliquait mardi 25 mars au soir sur l’antenne de LCI Xavier Titelman, ancien aviateur militaire franco-belge et consultant spécialisé en aéronautique. Sur ces images, les Alpha Jet « sont sur une phase où ils sont en train de s’écarter les uns les autres (…) On va à plusieurs centaines de kilomètres heure, on est à quelques mètres les uns des autres », et la collision se joue « à un demi-degré près » détaille-t-il.
Vient alors chez les militaires, longuement entraînés pour ce cas de figure, « le réflexe de l’éjection très rapide, malgré la proximité avec le sol », poursuit l’ancien pilote. Au moment critique, « soit entre les jambes, soit au-dessus de la tête, on va tirer sur une sorte de manette, et en un dixième de seconde, on est éjecté », résume Xavier Titelman.
Un dispositif réglé au quart de seconde
La suite du procédé est infiniment rapide, selon les sites spécialisés d’aviation militaire et celui de l’unique producteur de sièges éjectables pour l’armée française, le britannique Martin Baker. Le quart de seconde qui suit l’actionnement de la poignée, le buste et les jambes du pilote sont plaqués à son assise par des harnais, et sous son siège détone une charge explosive, déployant un vérin télescopique qui le propulse en dehors du cockpit.
Simultanément, la verrière est fragilisée par un cordon explosif intégré au verre, pour qu’elle se brise lorsque le siège éjectable entre en contact avec elle. Dans la demie seconde, un moteur-fusée entre en combustion et propulse le siège à 65 mètres au-dessus de l’avion, orienté par un premier petit parachute stabilisateur. Moins de deux secondes après l’actionnement du dispositif, le pilote est libéré de son siège, et le parachute principal se déploie.
En France, les avions des pilotes de la Patrouille de France sont équipés de sièges éjectables Martin Baker de type MK 10. Sur son site, le fournisseur britannique indique une puissance d’éjection de 16G. Une manœuvre si violente que « les pilotes peuvent perdre des centimètres », précisait Xavier Titelman mardi soir sur LCI. Dans ce cas de figure, « on voit qu’ils s’éjectent alors que les avions sont en piqués, donc c’est le moment le plus difficile pour s’éjecter », soulevait par ailleurs le spécialiste.
En 2019 déjà, le siège éjectable d’un pilote de la Patrouille de France lui avait sauvé la vie lorsque son avion était sorti de piste à l’atterrissage à l’aéroport de Perpignan-Rivesaltes, suite à un entraînement classique.