Debout dans une geôle du centre de détention pour migrants de Ganfuda, sinistre hangar aux murs blancs chapeautés de tôle, à 16 kilomètres au sud de Benghazi, dans l’est de la Libye, Hakima Adam Aboubacar ne sait plus ce qu’elle attend. « J’ai peur de ce qu’il va nous arriver. Les autorités locales nous ont seulement dit qu’il nous faudrait patienter quelques semaines afin de finaliser les modalités de notre expulsion », raconte cette mère soudanaise de 27 ans, drapée d’un long manteau et d’un voile noir, tenant dans ses bras sa petite fille, Reenad, 1 an et demi.
Ses deux fils, âgés de 7 et 8 ans, assis par terre, l’écoutent en silence, comme si l’enfance les avait abandonnés à l’entrée du pénitencier. « Je voulais simplement trouver un endroit sûr pour élever mes enfants et leur offrir une éducation », se désole-t-elle.
Après la disparition de son mari dans les méandres de la guerre qui ravage le Soudan, elle a fui vers la Libye, vivant de petits boulots ici et là, jusqu’à échouer, un soir de novembre 2025, sur le rivage libyen dans la région de Tobrouk. De là, mère et enfants ont embarqué sur une petite chaloupe avec environ 40 autres personnes pour tenter d’émigrer vers l’Europe. Sur la route de la Grèce, les exilés ont été arraisonnés par une vedette des forces navales de l’Armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar, qui règne en maître sur la Cyrénaïque et les vastes étendues désertiques du sud du pays, avant d’être finalement ramenés à Benghazi.
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