Ile longiligne qui s’étire sur 18 kilomètres dans le golfe du Mexique, sur la côte ouest de la Floride, Longboat Key est une langue de terre presque irréelle, consolidée par des tapis de palétuviers. C’est là que Joe et Letty ont posé leurs valises pour vivre une retraite paisible, loin des rudes hivers new-yorkais. Un univers exotique pour qui vient attendre la mort en profitant des horizons de sable fin et en observant les milliers d’oiseaux qui y résident, flamants roses et aigrettes pour les plus fameux.
Un monde inspirant pour Alana Perino, 37 ans, photographe qui a vu le jour à New York – enfant de la première union de Joe. En 2020, quand la pandémie de Covid-19 s’est abattue sur le monde, son père et sa belle-mère ont accueilli l’artiste (qui se définit comme non binaire), avec sa sœur et sa nièce. Ne pouvant s’y soustraire, Alana Perino a assumé le rôle de garde-malade de sa belle-mère, Letty, qui, atteinte de la maladie d’Alzheimer, en est morte l’année suivante.
Jusqu’en 2024, et la vente par son père, Joe, de la propriété, Alana Perino a documenté « le bouleversement » de cette famille recomposée puis endeuillée et le « contrat étrange et tacite » qui s’est noué entre cinq personnes, puis quatre, partageant un même toit.
Dans ses clichés du jardin et de la piscine, comme dans ceux de la chambre parentale, la lumière écrasante de cet environnement tropical est restituée par un blanc omniprésent : celui du mobilier, des draps de lit, de cette colombe à la présence étrange, sur les genoux d’un Joe apparemment assoupi, sous le petit tableau d’un ange alangui. Clin d’œil à l’au-delà, au paradis et à la religion catholique, à laquelle appartient Joe.
« Des fantômes »
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