Qui se souvient de David Webster ? Personne, sinon les plus âgés des mélomanes britanniques. Le nom de celui qui a dirigé le Royal Opera House, à Londres, de 1945 à 1970, est pour le moins oublié. Mais l’Anglais, mort en 1971, a joui d’un privilège unique : David Hockney a consenti à faire son portrait. Il s’agissait d’une demande de l’institution britannique au moment du départ en retraite de son président, que le peintre, fou d’opéra, a accepté pour l’unique fois de sa carrière. Des portraits peints sur commande, les musées du monde entier, du Louvre parisien à la Galerie des Offices florentine, du Prado madrilène au MET new-yorkais, en sont remplis. Mais David Hockney a toujours refusé d’en réaliser. C’est lui seul qui choisit ses modèles.
Quand le palais de Buckingham avait fait savoir que la reine Elizabeth II souhaiterait être peinte par le natif du Yorkshire, celui-ci avait signifié qu’il était « trop occupé ». Lui qui a toujours refusé d’être anobli avait déclaré publiquement : « Je ne peins généralement que les gens que je connais. » Pourquoi ? Parce que, nous explique-t-il par mail depuis son studio londonien, « on ne sait jamais à quoi ressemblent les gens avant de les rencontrer. Alors que mes amis, mes amants, les membres de ma famille, je sais comment ils sont ». Quant à la reine, s’il connaissait bien évidemment son visage, il a toujours assuré ne pas être un flagorneur.
A partir du 9 avril, dans le cadre de la vaste rétrospective (« la plus grande que j’ai jamais eue », dit-il dans le dossier de presse) que lui consacre la Fondation Louis Vuitton à Paris, une cinquantaine de portraits de proches du plasticien de 87 ans seront accrochés au rez-de-chaussée. On y trouve des amis, des membres de sa famille, son compagnon Jean-Pierre Gonçalves de Lima. Mais aussi des célébrités (le chanteur Harry Styles, l’architecte des lieux Frank Gehry), des anonymes, un chien… Chacun forme une pièce d’une « vaste autobiographie dont le peintre est le narrateur, figure floue qui se retire de la scène pour la décrire ou la peindre », comme l’explique l’écrivain et marchand d’art Jean Frémon, à la tête de la Galerie Lelong dans son livre David Hockney à l’atelier (L’Echoppe, 2017).
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