• Édouard Balladur est décédé ce lundi à Paris, à l’âge de 97 ans.
  • Il fut un ministre de l’Économie et des Finances dont le nom reste attaché aux privatisations.
  • Mais l’histoire politique française retiendra surtout sa rivalité avec son « ami de 30 ans », Jacques Chirac.

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« Édouard et moi, nous sommes des amis de trente ans ». La phrase est de Jacques Chirac, qui l’a prononcée en septembre 1993. La lutte fratricide entre les deux hommes lors de l’élection présidentielle de 1995 donnera une postérité rétrospective à cette citation. Mais pour vraiment la comprendre, il faut remonter un peu en arrière.

« Jeunes loups de Pompidou »

Diplômé de Sciences-Po et de l’ENA, Édouard Balladur entre à 35 ans au cabinet du Premier ministre Georges Pompidou, en 1964. C’est donc bien trois décennies avant la célèbre sortie de Jacques Chirac que les deux hommes se rencontrent. Les deux « jeunes loups de Pompidou » participeront ensemble aux accords de Grenelle, dans la foulée de 1968. 

Mais tandis que le Corrézien s’engage très tôt en politique, et enchaîne les mandats locaux sur ses terres d’origine, Édouard Balladur suit une trajectoire plus classique de haut fonctionnaire, plus à l’aise dans les cabinets de la République que sur les estrades des meetings. Il devient secrétaire général de l’Élysée aux côtés de Georges Pompidou, tandis que Jacques Chirac en est plusieurs fois le ministre.

D’une cohabitation à l’autre

Après la mort de Pompidou et l’élection de Valéry Giscard d’Estaing en 1974, Édouard Balladur retourne au Conseil d’État et s’oriente peu à peu vers la sphère privée, notamment à la tête de la Générale de service informatique (GSI). C’est dans le privé que Jacques Chirac retournera le chercher en 1986, lorsqu’il devient le Premier ministre du président socialiste François Mitterrand lors de la première cohabitation. 

Il en fait alors son tout-puissant ministre d’État chargé de l’Économie, des Finances et des Privatisations, alors que le libéralisme économique a le vent en poupe à l’échelle internationale, porté par Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et Ronald Reagan aux États-Unis. L’heure est aux privatisations, c’est-à-dire d’abord à revenir sur les nationalisations opérées par la gauche depuis son accession au pouvoir 5 ans plus tôt.

En 1988, après deux ans d’une cohabitation entre Jacques Chirac à Matignon et François Mitterrand à l’Élysée, c’est le second qui est réélu pour un second mandat, et la droite perd les législatives. Elle devra attendre 5 ans pour une revanche. Cette fois, Jacques Chirac veut se préserver du piège de Matignon pour préserver ses chances à l’élection présidentielle de 1995, et c’est Édouard Balladur qui est désigné comme Premier ministre par François Mitterrand après les législatives. 

Trahison

Or, surprise, l’homme à l’allure « british » et à la parole ampoulée devient un Premier ministre populaire. Au point que le choix de Jacques Chirac de rester dans une ombre relative, à la mairie de Paris, commence à éveiller des doutes et à aiguiser des appétits. C’est dans ce contexte qu’il rappelle que lui et Édouard Balladur sont « des amis de 30 ans ». Comme pour se rassurer quant à une impossible trahison, qui pourtant aura bien lieu.

Le 18 janvier 1995, fort du soutien d’une majorité de l’opinion et du clan Pasqua au sein du RPR, dont le jeune Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget, le Premier ministre se déclare candidat à la présidentielle, deux mois après Jacques Chirac. Un coup de théâtre qui ouvre une lutte fratricide entre les deux hommes, et entre deux camps au sein de la droite. La séquence est au profit d’Édouard Balladur, les ralliements en sa faveur se multiplient, qui sont autant de défections pour Jacques Chirac.

Mais la popularité du Premier ministre s’étiole, et il voit sa nette avance dans les sondages fondre de semaine en semaine. Auteur d’une campagne très réussie, alors qu’il semblait isolé et condamné à la défaite, Jacques Chirac coiffe son ancien ami au poteau et se qualifie pour le second tour, où il sera élu face au socialiste Lionel Jospin. 

L’échec d’Édouard Balladur met fin à ses ambitions nationales, tandis que la droite française restera durablement divisée entre chiraquiens et balladuriens. Une réconciliation de façade avait eu lieu avant même le deuxième tour, pour éviter que le parti socialiste ne profite de la division, et les deux hommes se sont revus lors de plusieurs occasions officielles dans les années qui ont suivi. 

Quant à l’amitié « de 30 ans », elle semble n’avoir pas survécu à cette guerre fratricide, et Jacques Chirac n’a jamais complètement pardonné les Balladuriens pour ce qu’il tenait pour une trahison. Après sa défaite électorale, Édouard Balladur a retrouvé son siège de député de Paris, et présidé à partir de 2002 la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Un relatif anonymat pour le grand public, jusqu’à son retrait de la vie politique active en 2006, à l’âge de 77 ans.

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