L’effet nocebo, signifiant en latin « je nuirai », s’oppose à l’effet placebo.
Il provoque des effets indésirables sur le corps, comme des maux de tête ou des problèmes gastro-intestinaux, en raison de certaines croyances.
Ce phénomène a-t-il pris de l’ampleur à cause des réseaux sociaux ?
Vous connaissez peut-être l’effet placebo, mais qu’en est-il de l’effet nocebo ? Introduit dans les années 1960 par le médecin britannique Walter Kennedy, il décrit l’apparition d’effets négatifs chez des patients qui reçoivent un traitement inactif.
Se sentir mal après avoir lu les effets indésirables d’un médicament ou ressentir les symptômes d’une maladie après en avoir lu des récits alarmants est une manifestation courante de ce phénomène. Est-ce que les réseaux sociaux ont tendance à le catalyser ?
À quoi est dû l’effet nocebo ?
L’effet nocebo concerne les médicaments, mais s’étend au-delà. Une étude publiée en 2022 dans JAMA s’est intéressée au vaccin Covid-19. 76% des effets indésirables systémiques (maux de tête et fatigue) rapportés après la première dose seraient dus à ce qu’on appelle l’effet nocebo.
Le magazine Slate décrit ce phénomène comme un « mélange d’autopersuasion et de prophétie autoréalisatrice ». Keith Petrie, professeur de psychologie de la santé à l’université d’Auckland, explique que nous attribuons volontiers toute sensation d’inconfort à une molécule ou à une maladie : « Cela nous pousse à activer nos antennes pour rechercher ce qui se passe dans notre corps », raconte-t-il à Slate.
Faut-il considérer les effets nocebo comme une production de l’esprit ? « Les effets indésirables (…) ne sont absolument pas imaginaires. Ils sont véritablement ressentis par les patients, mais leur origine est psychologique ou physiologique », indique Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie médicale du CHU de Bordeaux, dans Sciences et avenir. Effectivement, lorsqu’il se sent menacé, le corps produit davantage de cholécystokinine, une substance chimique accentuant les signaux neuronaux qui amplifient la douleur.
Le rôle amplificateur des réseaux sociaux
Kate Faasse, docteur en psychologie à l’université de Nouvelle-Galles du Sud en Australie, alerte dans Slate sur le rôle des réseaux sociaux : « L’une de mes plus grandes inquiétudes est la facilité avec laquelle une courte vidéo ou quelques commentaires écrits peuvent générer un effet nocebo ».
La propagation de fausses informations provoque une anxiété diffuse autour de certains médicaments ou vaccins. Ludovic Gadeau, docteur en psychopathologie clinique, indique au Journal des Femmes Santé que « les médias et les réseaux sociaux sont le véhicule d’informations dont certaines (comme les fake news) sont de nature à inquiéter le public ou à affecter son discernement. L’effet nocebo est corrélé au taux d’informations fallacieuses circulant dans les médias ».
Kate Faasse met l’accent sur le caractère vicieux des réseaux sociaux. « Si vous recherchez ce type d’informations, et une fois que vous aurez interagi avec ce contenu, les algorithmes des médias sociaux vous en montreront de plus en plus ».
Qui sont les plus concernés par ce phénomène ?
Omniprésents sur les réseaux sociaux comme TikTok ou Instagram, les adolescents ne sont pas les seuls concernés par l’effet nocebo. Les adultes peuvent aussi en être touchés. Kate Faasse confie à Slate avoir été elle-même victime du phénomène : « Si une chercheuse sur les effets nocebo peut ressentir des effets nocebo, je soupçonne que n’importe qui le peut ».
Toutefois, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) cible un public en particulier. Selon lui, les effets indésirables associés à l’effet nocebo « (…) sont régulièrement associés à des personnes ayant un positionnement marqué par une certaine opposition ou un rejet du médicament ». Pour Mathieu Molimard, le stress joue un rôle important : « Les personnes anxieuses et pessimistes sont plus à même de souffrir d’effet nocebo, surtout en période de stress ».