• Le phénomène El Niño a fait son retour en cette année 2026.
  • Alors qu’il est synonyme de hausse de la température globale de la Terre dans l’année qui suit son développement, certains affirment qu’il pourrait donner un aperçu du climat du futur dans le contexte du changement climatique.
  • Mais ce n’est pas tout à fait vrai.

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C’est le phénomène au cœur de l’actualité ces derniers mois. L’enfant terrible du climat, El Niño, a fait son retour en 2026 et devrait faire partie des plus forts jamais enregistrés. 

Ses effets sont bien connus. Par exemple : des pluies et inondations plus importantes dans certaines zones de l’Amérique du Sud (Pérou ou Équateur principalement), de l’Afrique de l’Est ou du sud des États-Unis, des sécheresses en Amérique centrale, dans le nord-est de l’Amérique du Sud et en Australie, ou encore une hausse de la température globale de la Terre sur l’année qui suit son développement.

Selon les spécialistes, l’année 2027 a ainsi environ 80% de chances de devenir la plus chaude jamais enregistrée (nouvelle fenêtre) à l’échelle de la planète, devant 2024, déjà sous le joug d’un El Niño bien moins fort que celui qui s’est installé jusqu’en février. Avec cette donnée en tête, certains mettent en avant qu’elle pourrait donner un « avant-goût » de ce qui attend le monde d’ici à dix ans avec la hausse des températures entraînée par le changement climatique d’origine humaine. 

La recherche IA de Google affirme même que « le phénomène actuel sert de laboratoire et ‘d’avant-goût’ redoutable du climat vers lequel nous nous dirigeons ». Sauf que cette idée est assez trompeuse.

Un rapprochement « trop simpliste »

El Niño est « la manifestation d’une variabilité naturelle du climat », rappelle Lauriane Batté, climatologue à Météo-France. On estime que dans l’année qui suit son développement, il entraîne un réchauffement moyen de la température planétaire compris entre 0,1 et 0,3°C, qui vient s’ajouter à la hausse de fond des températures dans le contexte du changement climatique.

Étant donné les prévisions pour un épisode très fort, les spécialistes penchent pour la fourchette haute : soit +0,3°C sur l’année 2027.

Ainsi, « on pourrait être tentés de faire le rapprochement » entre hausse des températures moyennes l’année prochaine et hausse des températures moyennes dans les dix, quinze ou vingt ans à venir, reconnaît Jérôme Vialard, océanographe et climatologue, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Mais « l’idée est trompeuse », tempère-t-il d’emblée quand Christophe Cassou pointe une « analogie trop simpliste ». 

Car en se basant uniquement sur la température, « on confond un extrême ou un record avec une moyenne, ce qui n’a pas beaucoup de sens », complète le climatologue et directeur de recherche au CNRS. « On se base sur un indicateur global en disant que la température de 2027 représentera la température moyenne de 2037. Mais une ‘moyenne’, cela veut dire sur une période définie, généralement entre vingt ou trente ans (…) Cela n’a donc pas beaucoup de sens, dans la mesure où les records de la décennie 2037 seront plus importants qu’aujourd’hui », pointe-t-il.

« Il y a une notion d’échelle qu’il faut garder en tête : l’horizon de réchauffement est une moyenne sur plusieurs années. Concernant l’ENSO (El Niño-oscillation australe) , il y a des années un peu plus chaudes sous El Niño, un peu plus fraîches pour La Niña, qui ne représentent qu’une forme de variabilité du climat interne », ajoute Lauriane Batté.

Quand on a la fièvre en tant qu’humains, c’est qu’il y a une infection. Mais ce n’est qu’un indicateur : on a 38°C. Ensuite, cette fièvre peut être de différentes origines

Christophe Cassou

Une différence d’autant plus importante qu’El Niño est un « événement rapide » au niveau climatique, pointe Robert Vautard, co-président du Giec. « Ce n’est qu’un cycle de quelques années (le phénomène apparaît tous les deux à sept ans, ndlr), qui sur deux années fait un pic à un moment donné. Donc effectivement 2027 a de grandes chances d’être une année record en termes de températures. Mais le changement climatique concerne, lui, toute la machine climatique », rappelle-t-il.

Par exemple, les systèmes qui répondent lentement aux modifications du climat, sur plusieurs décennies, ne sont que peu touchés par une année El Niño, comme la cryosphère (par exemple la fonte des glaciers) ou la hausse du niveau de la mer, qu’il faut prendre en compte quand on parle du futur.

« J’utilise souvent l’image de la fièvre, compare de son côté Christophe Cassou. Quand on a de la fièvre en tant qu’humains, c’est qu’il y a une infection. Mais ce n’est qu’un indicateur : on a 38°C. Ensuite, cette fièvre peut être de différentes origines, bactérienne ou virale. On peut avoir deux sortes de fièvres avec deux origines différentes qui demandent deux remèdes différents. C’est la même chose ici ».

Changement global contre phénomène régional

D’autant que si le changement climatique frappe l’ensemble du globe, ce n’est pas le cas de l’enfant terrible du climat. Le phénomène « a un impact dans beaucoup de régions tropicales mais pas dans d’autres, notamment en Europe qui n’est pas touchée », confirme Eric Guilyardi, directeur de recherche au CNRS.

Par ailleurs, « la structure spatiale du réchauffement associé à El Niño est très différente du réchauffement lié au changement climatique, développe Jérôme Vialard. Par exemple, on a une amplification de la hausse des températures dans les pôles et une intensification sur les continents par rapport aux océans. El Niño, ce n’est pas cette structure spatiale : c’est un maximum de réchauffement dans le Pacifique équatorial et ensuite des réchauffements plus limités dans des régions distantes comme l’océan Indien ou l’Atlantique. Donc en termes de structures spatiales, c’est assez différent ». 

Ainsi quand on dit que l’année prochaine pourrait être un aperçu du futur, « on fait l’hypothèse que les impacts d’El Niño à l’échelle régionale sont les mêmes que les impacts liés au changement climatique d’origine anthropique », complète Christophe Cassou. Sauf que parfois, « quand on raisonne à l’échelle régionale, ils n’ont pas du tout les mêmes effets »

Et le chercheur au Laboratoire de météorologie dynamique de l’ENS de pointer l’exemple des moussons qui, dans un climat qui se réchauffe, ont tendance à être plus intenses mais sont plus faibles durant un épisode El Niño.

Même situation dans l’Atlantique tropical : durant les années où le phénomène se développe, les conditions atmosphériques dans le bassin des Caraïbes sont assez peu propices à leur développement. « Dans un climat qui se réchauffe, on n’a pas d’informations robustes sur le nombre de cyclones, par contre on sait qu’ils sont plus forts et plus intenses, alors que durant les événements El Niño, dans l’Atlantique tropical, ils sont moins forts et moins nombreux », détaille Christophe Cassou.

Un ajout dans un système climatique déjà en surchauffe

Au-delà de la fenêtre sur le futur, les questions autour d’El Niño se posent plus globalement autour de son apparition dans le contexte du changement climatique et du lien qui peut les unir. Est-ce que ce dernier affecte l’enfant terrible du climat ? Selon les rapports du Giec, dans un monde plus chaud, ses impacts deviennent plus intenses. « Dans dix ans, si on devait avoir un phénomène El Niño particulièrement marqué, il aurait des effets encore plus graves que l’épisode qui se développe actuellement », pointe Lauriane Batté.

Mais aucun consensus n’existe sur le fait que le changement climatique en lui-même impacte la survenue et l’ampleur du phénomène.

« On voit une hausse de l’activité, mais il est difficile de dire clairement que l’on peut l’attribuer au changement climatique d’origine humaine ou à une tendance sur vingt ans, par exemple, car la variabilité interne d’El Niño est très forte, ce qui rend la tâche difficile pour conclure », reconnaît Jérôme Vialard qui pointe toutefois ses derniers travaux qui tendent à montrer que dans le contexte actuel l’ENSO a « tendance à pointer vers une hausse d’El Niño ». 

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