Des jeunes sagement attablés sous un portrait de Winston Churchill, d’autres se déhanchant en Perfecto ou col lavallière sur une étroite piste de danse, l’air ravi et ignorant l’objectif qui les immortalise. Avec cette série de clichés des habitués du Blitz Club, le photographe Homer Sykes, 76 ans, a capté l’atmosphère très spéciale, intime et pointue, de ce mythique club londonien des années 1980.
Ouvert en 1979 par deux compères musiciens, Steve Strange et Rusty Egan, lassés de la noirceur de la scène punk, ce lieu à l’ambiance très « seconde guerre mondiale », près de Covent Garden, fut l’épicentre du mouvement musical et esthétique des nouveaux romantiques.
Les habitués du Blitz Club étaient, pour beaucoup, des étudiants de deux écoles de mode toutes proches (Central School of Art and Design et Saint Martin’s School of Art, qui ont fusionné en 1989). Ces « Blitz Kids », délurés et inspirés d’un pionnier du glam rock, David Bowie, se pressaient aux soirées dans des tenues excentriques et souvent androgynes, comme s’il s’agissait de conjurer l’ambiance sombre de l’époque – le début de l’ère Thatcher avec son train de grèves et de fermetures d’usines.
Mick Jagger refoulé
On y croisait le futur couturier John Galliano et le chapelier Stephen Jones. A l’entrée, Steve Strange, réputé pour son intransigeance, n’hésitait pas à refouler ceux qui n’étaient pas suffisamment d’avant-garde à son goût. Notamment le chanteur des Rolling Stones, Mick Jagger, « à cause de ses chaussures, a-t-on raconté, glisse le photographe Homer Sykes. Steve Strange était habile, il savait qu’en lui refusant l’accès il ferait de la publicité au club ».
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