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En Algérie, les réfugiés sahraouis de Tindouf victimes du déclin de l’aide internationale

Espace PresseBy Espace Pressemars 14, 2026
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En Algérie, les réfugiés sahraouis de Tindouf victimes du déclin de l’aide internationale

Dès que les ridelles des camions s’abaissent, dans un grincement métallique, pour libérer leur cargaison, les résidents du quartier arrivent par grappes, foulant les ruelles de sable bordées de masures ocre. Les voilà, en cette journée de la mi-février, scrutant les empilements de sacs en toile de jute et de boîtes en carton. Chacun charge sur son épaule ou sur une carriole tirée par un âne la ration de blé et de pâtes de la semaine. Des gamines jouent parmi les stocks de céréales, surveillées du coin de l’œil par des mères drapées dans leurs melhfa (étoffes traditionnelles) aux teintes multicolores.

La séance de distribution alimentaire va soulager pour quelques jours l’ordinaire du camp d’Aousserd, l’un des cinq centres de regroupement de réfugiés sahraouis entourant Tindouf, ville du désert de l’Ouest algérien située à proximité du Sahara occidental. Un maigre répit dans un quotidien de plus en plus éprouvant, à l’heure où le tarissement des financements étrangers raréfie les biens disponibles. Alentour, les familles s’en plaignent ouvertement. « Je ne consomme quasiment plus de lait et de fruits », se désole une mère de famille.

« Le contenu des rations a diminué de 30 % entre novembre 2023 et février 2025 », estime un rapport des Nations unies évaluant la réponse à apporter aux besoins humanitaires des Sahraouis de Tindouf. Et encore ce chiffre a-t-il été établi avant le démantèlement par Donald Trump, en février 2025, de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid). Depuis lors, la situation a empiré.

Dans le camp de réfugiés sahraouis d’Aousserd, près de la ville de Tindouf, en Algérie, le 11 février 2026.

A une soixantaine de kilomètres de route de là, le centre administratif de Rabouni opère un peu comme la « capitale » de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), le simili Etat en exil fondé en terre algérienne par le mouvement indépendantiste du Front Polisario (le Front populaire pour la libération de la Saguia El Hamra et du Rio de Oro).

Une visite des entrepôts du Croissant-Rouge sahraoui permet de prendre la mesure de la perfusion internationale sous laquelle sont placés les camps de réfugiés – 173 600 personnes, selon l’estimation des Nations unies – administrés par la RASD, avec l’assentiment d’Alger. Sous de hauts plafonds en tôle, des employés subsahariens déchargent d’un conteneur des sacs de blé, de farine et de lentilles venant des contrées les plus variées : Pakistan, Turquie, Kazakhstan. Une estampille précise parfois : « don de la coopération espagnole ».

Rations en recul

« La baisse de l’aide internationale nous touche jusqu’à l’os, cela m’inquiète », soupire Yezid Hamdi, septuagénaire à l’auguste port, drapé dans son caftan blanc moiré. M. Hamdi est une figure historique du Croissant-Rouge sahraoui, dont il fut le secrétaire général. Il a débarqué dans les environs de Tindouf dès 1975, dans le sillage des vagues de réfugiés fuyant les combats nés de l’intrusion de l’armée marocaine au cœur du Sahara occidental, lors du départ de l’ancienne puissance coloniale espagnole.

Une distribution du Croissant-Rouge sahraoui, dans le camp de réfugiés sahraouis d’Aousserd, près de la ville de Tindouf, en Algérie, le 12 février 2026.
Dans le camp de réfugiés sahraouis d’Aousserd, près de la ville de Tindouf, en Algérie, le 14 février 2026.

Cinq décennies de précarité dans un environnement physique austère, marqué par des températures s’élevant l’été à plus de 50 degrés et des tempêtes de sable récurrentes. Les camps ont néanmoins perduré grâce à l’assistance de l’Algérie – qui a construit les routes et fourni l’électricité au fil des ans –, la mobilisation humanitaire internationale et l’argent des Sarahouis émigrés en Europe. Grâce à ces fonds, nombre de familles ont pu remplacer leurs tentes par des logis en dur.

M. Hamdi a beau louer la « solidarité ancestrale » des Sahraouis, qui veut que « chacun se sacrifie pour les autres », la gravité de son ton dit la dureté des temps nouveaux. Au retrait américain, qui a fragilisé en aval tout l’écosystème d’opérateurs humanitaires publics comme privés, s’est ajoutée l’émergence de nouveaux théâtres de crises (Ukraine, Gaza, Soudan, etc.) qui ont relégué la question des réfugiés sahraouis au second plan.

Cette chute de l’aide globale arrivant dans les camps de Tindouf est évaluée pour 2025 à 40 % par une coalition de 19 organisations non gouvernementales (ONG) – parmi lesquelles Oxfam, Médecins du monde Espagne ou le Danish Refugee Council – qui ont lancé un cri d’alarme, fin 2025. « Nous faisons actuellement face à une situation de coupes sans précédent (…) Il ne s’agit plus d’améliorer la capacité de réponse, mais d’éviter l’effondrement des opérations humanitaires dans les camps sahraouis », ont-elles alerté, dans un communiqué commun.

Devant l’école de Mijek, dans le camp de réfugiés sahraouis d’Aousserd, près de la ville de Tindouf, en Algérie, le 12 février 2026.

L’arrivée de déplacés supplémentaires – 5 000, selon des sources humanitaires – depuis la reprise du confit armé, fin 2020, entre le Front Polisario et l’armée marocaine a ajouté à la pression sur les populations. « Avec le recul des financements, nous ne savons même pas si nous pourrons assurer le service d’ambulances en 2026 », s’inquiète Ana Hidalgo Carreño, directrice de Médecins du monde Espagne pour l’Algérie.

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L’impact de ce désengagement général se fait déjà lourdement sentir. Ainsi, la quantité d’eau fournie par personne et par jour a reculé autour de 13 à 15 litres, selon Oxfam, alors que les standards minimaux fixés par l’Organisation mondiale de la santé sont de 20 litres. Et la ration de produits frais a, elle, chuté autour de 1,5 à 2 kilos par personne et par mois, contre 5 kilos les années précédentes.

Boycott des boucheries

Il en résulte une dégradation des conditions sanitaires, selon les Nations unies : 31 % des enfants âgés de moins de 5 ans sont touchés par des retards de croissance, le taux d’anémie excède 65 % chez les femmes, et 40 % des familles rapportent au moins un cas de maladie chronique en leur sein. « C’est un peu la double peine pour les réfugiés sahraouis, résume Amel Akli, l’une des responsables de l’antenne d’Oxfam à Rabouni. Ils se sentaient jusque-là politiquement abandonnés par la communauté internationale. Maintenant, c’est l’abandon humanitaire. »

Une employée du Croissant-Rouge sahraoui comptabilise les arrivages de pâtes et d’œufs pour la distribution alimentaire, dans le camp de réfugiés sahraouis de Rabouni, près de la ville de Tindouf, en Algérie, le 9 février 2026.

A terme, la dégradation des conditions de vie dans les camps de Tindouf risque d’éroder la cohésion sociale de la communauté des réfugiés sahraouis. Au-delà du discours rituel sur la « solidarité », des tensions sourdent. En témoigne le mécontentement qui s’est exprimé en février face au prix devenu inaccessible de la viande. Dans certaines boucheries, le prix du kilo de dromadaire s’était en effet hissé à 2 000 dinars (7 euros), contre 1 200 dinars (4 euros) quelques mois plus tôt, tandis que celui du poulet, lui, doublait quasiment. Les consommateurs ont marqué leur courroux en boycottant les bouchers les plus onéreux.

Nouara est l’une de ces grévistes. L’ex-institutrice, lunettes barrant un visage volontaire et téléphone mobile au creux de la main, est assurément une forte personnalité. Elle a beau être une officielle du Front Polisario, responsable d’un quartier du camp d’Aousserd, elle affiche sa fierté d’avoir été « parmi les premiers à boycotter les bouchers ». « Les citoyens sont mécontents mais l’Etat [la RASD] n’a pas les moyens de soutenir les commerçants pour baisser les prix », se désole-t-elle.

Dure loi de l’offre et la demande : le dromadaire est devenu une denrée rare. La pénurie s’est accrue alors que le regain de tension militaire avec le Maroc a pour effet d’entraver l’accès aux pâturages des confins du Sahara occidental et donc de disperser le cheptel, parfois aussi loin qu’en Mauritanie. Dans ces conditions de plus en plus adverses – le déclin de l’aide internationale s’ajoutant aux effets de la guerre –, seules les familles ayant un parent émigré en Europe peuvent espérer atténuer la rigueur des temps. D’où les rêves de départ de nombreux jeunes. Comme un second exil.

Le camp de réfugiés sahraouis d’Aousserd, près de la ville de Tindouf, en Algérie, le 11 février 2026.

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