La pluie qui ruisselle sur les trottoirs glissants d’Athènes n’a pas découragé Ioulia Vasilakis de venir soutenir « [s]a sage-femme ». C’est avec l’aide d’Ioanna que Ioulia a mis au monde deux de ses trois filles. Les larmes aux yeux, la quadragénaire, venue avec son enfant de 8 ans, serre Ioanna dans ses bras, ce 5 février 2026. Devant le ministère de la santé, elle a rejoint ce jour-là une centaine de personnes rassemblées pour défendre la profession de sage-femme, mise en danger par une décision ministérielle visant à restreindre l’exercice du métier dans les hôpitaux. Selon ce texte – que le ministère a promis de modifier face à la colère suscitée –, dans les structures hospitalières, les sages-femmes ne peuvent désormais réaliser des accouchements que si elles sont supervisées par un médecin. « En Grèce, accoucher naturellement relève d’un défi. Les pressions sont immenses pour que les femmes fassent des césariennes. Cette mesure ne va faire que renforcer cette tendance », assure Ioulia Vasilakis.
Selon l’association grecque des sages-femmes indépendantes, le taux d’accouchements par césarienne en Grèce s’élève à plus de 60 %, bien au-dessus de la moyenne européenne (environ 25 %), et des 15 % de césariennes recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ; 11,6 % des enfants y naissent aussi prématurément, après un déclenchement, quand la médiane au sein de l’Union européenne s’établit à 6,9 %. « Ces chiffres résultent du rôle prédominant des gynécologues-obstétriciens dans les accouchements. Ayant fait une spécialité chirurgicale, ils se sentent souvent plus à l’aise avec une césarienne », explique Eleni Serbetini, sage-femme libérale. « La sage-femme en Grèce n’est qu’une aidante qui ne peut même pas prescrire de médicaments », regrette-t-elle. Le manque d’information des femmes sur l’accouchement physiologique est criant. « Ici, lorsqu’une femme tombe enceinte, elle cherche un gynécologue pour l’accompagner jusqu’à la naissance et non une sage-femme », déplore Eleni Serbetini.
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