C’est l’une des nouvelles les plus discrètes de 2025. Dans la vieille ville de Vilnius, au cœur de l’été, des pelleteuses ont démoli un bâtiment soviétique abandonné. Même les habitants de la capitale lituanienne n’y ont pas prêté attention. « La ville change tout le temps », s’amuse un promeneur croisé près du site des travaux. Commencé le 18 août, le chantier s’est achevé début septembre. Les gravats déblayés, reste un terrain vague entouré de grillages, entre un parking et des jeux pour enfants, dans ce coin étrange de la capitale lituanienne bordé d’un côté par les rues sinueuses de l’ancien quartier juif, de l’autre par une longue barre d’immeuble datant, elle aussi, de l’époque où le pays balte était occupé par l’Union soviétique.
L’enjeu, pourtant, est considérable. Il touche à la fois à l’histoire, aux deux totalitarismes qui ont ravagé le pays au XXe siècle et à l’actualité la plus brûlante : la menace constante que la Russie fait peser sur les Baltes. Car le bâtiment qui a été rasé, une ancienne école maternelle, fermée en 2018, avait été construit en 1964 à l’emplacement exact où se dressait la Grande Synagogue de Vilnius, qui fut pendant trois siècles l’un des hauts lieux spirituels et intellectuels du monde juif européen.
Centre d’un vaste complexe réunissant autour de son shulhoyf (« cour de la synagogue », en yiddish) douze salles de prière – destinées à différents groupes religieux ou professionnels –, des bains, des toilettes publiques, un puits, plus tard une vaste bibliothèque, elle était le foyer vivant, débordant d’énergie, des Litvaks, les juifs de Lituanie. On estime qu’ils étaient 220 000 avant la seconde guerre mondiale – 40 % de la population de Vilnius, 30 % de celle de Kaunas, la deuxième ville du pays. Durant l’occupation allemande (1941-1944), 96 % d’entre eux ont été assassinés par les forces du IIIe Reich, aidées par des collaborateurs lituaniens. Le quartier juif de Vilnius, transformé en ghetto par les nazis, comptait quelque 60 000 habitants. Une centaine d’entre eux ont survécu à sa liquidation, en 1943.
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