Livre. Mise à l’écart des femmes, des classes populaires et des minorités ethno-raciales : les maires sont-ils encore à l’image de la population qu’ils administrent ? Les sociologues Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin observent, dans un ouvrage collectif intitulé Elus des banlieues populaires (PUF, 112 pages, 11 euros), un « écart croissant entre représentant·es et représenté.es » qui, selon elles, prend « un relief particulier dans les banlieues populaires ». Des représentés qui vont avoir l’occasion d’exprimer leur défiance vis-à-vis du personnel politique ou encore leur sentiment « de ne pas être ou d’être mal représentés » lors des élections municipales, les dimanches 15 et 22 mars.
A partir d’une enquête menée en Seine-Saint-Denis de 2014 à 2024, les chercheuses soulignent à quel point les classes populaires, pourtant majoritaires, restent évincées du personnel politique local. Longtemps administrées par le Parti communiste français (PCF), certaines communes du département d’Ile-de-France ont changé de couleur politique à l’issue des élections municipales de 2020 : la droite dirige actuellement 18 communes de la banlieue rouge, la gauche 17 (dont cinq pour le PCF et sept pour le Parti socialiste) et le centre cinq. Parmi les 40 maires du département, « aucun.e n’est employé.e, un seul est ouvrier, tandis que 25 sont cadres ». Une évolution qui aligne ce territoire sur « d’autres grandes villes françaises où les élections de 2020 confirment une prédominance accrue des classes supérieures ».
Féminisation inachevée
Ces deux dernières décennies, la représentation politique du département s’est « très marginalement » renouvelée, constatent les sociologues. A côté des dynamiques de listes citoyennes, « l’ouverture de listes partidaires aux candidat.es racisé.es est devenue un enjeu électoral », mais les chercheuses évoquent un sentiment de déception « vis-à-vis des partis de gauche » et « une instrumentalisation électorale » par ces derniers. Les « élu·es racisé.es (…) ne mettent jamais directement en avant leurs origines ethno-raciales, observent-elles, et n’utilisent qu’à contre-œur le vocabulaire de la diversité ».
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