On ne voit que leurs bonnets, de couleur noire ou kaki, cinq têtes courbées en demi-cercle, dix yeux rivés sur une console. Sans les treillis, on pourrait croire à une convention de gameurs. Mais de gros insectes bourdonnent dans les airs, et c’est bien à la guerre des drones que, dans un champ enneigé des environs de Kharkiv, dans le nord-est de l’Ukraine, s’entraînent ces hommes de la 92e brigade d’assaut. « Bien sûr qu’on joue aux jeux vidéo, confirme le commandant, Nikola, les joues rouges de froid sous son bonnet The North Face. Ceux qui se sont entraînés sont nettement plus à l’aise pour piloter les drones. » Et tuer, en essaim, jusque sur le front.
« Le visage de la guerre a changé. Nous sommes la “nouvelle vague”, résume l’un des responsables d’un atelier de fabrication de drones, un ancien commerce caché au sous-sol d’un vieil immeuble de type soviétique de Kharkiv. « Les fantassins des tranchées ne peuvent rien aujourd’hui sans ces nouveaux bataillons stratégiques de dronistes qui, depuis 2023, ont remplacé l’artillerie lourde et bouleversé les combats », poursuit le militaire sous le poster d’une bimbo en soutien-gorge, rangers et kalachnikov. Les drones sont désormais responsables de 70 % des morts parmi les combattants, russes comme ukrainiens, et l’usage de ceux-ci a rendu la troisième année de guerre plus meurtrière que les deux premières réunies.
Kamikazes, bombardiers, longue portée, voilà plus d’un an que les drones servent à bien autre chose qu’à la livraison et à la reconnaissance. Des drones en embuscade interceptent les engins ennemis ; des drones terrestres minent et déminent à distance, et peuvent lancer des attaques armées contre des positions adverses ou des bunkers – un assaut « robotique », sans aucun soldat.
Il vous reste 83.2% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.