En quelques semaines, la liste noire a fait le tour des universités et institutions américaines. Elle associe les mots et sigles « antiracisme », « discrimination », « féminisme », « genre », « LGBT+ » ou « santé mentale » comme autant de thématiques « à éviter », selon le New York Times, depuis que l’administration Trump a publié, le 21 janvier, son décret supprimant les politiques en faveur de la diversité, de l’égalité et de l’inclusion.
L’improbable catalogue fait écho à une autre liste répertoriant les livres bannis de bibliothèques publiques dans des Etats républicains. Depuis 2021, l’organisation Pen America en a recensé plus de 16 000 – dont plus de 10 000 sur la seule année scolaire 2023-2024 – sur des sujets aussi différents que l’esclavage (comme L’Œil le plus bleu, de Toni Morrison) ou les inégalités de genre (par exemple La Servante écarlate, de Margaret Atwood). « Un nombre jamais vu depuis la période du maccarthysme », précise l’ONG, une large part de ces interdictions concernant « des livres avec des personnes de couleur (44 %) et des personnes LGBT+ (39 %) ».
Pour le politiste canadien Francis Dupuis-Déri, spécialiste de l’antiféminisme, « ces rapprochements illustrent les liens étroits entre le sexisme, le racisme, l’homophobie et la xénophobie dans la guerre culturelle que mène l’extrême droite américaine ». Une nouvelle notion, celle d’intersectionnalité des haines, a émergé depuis une dizaine d’années dans le sillage de la première élection de Donald Trump, pour décrire cette convergence des rejets comme un fil rouge tissé entre des époques et des cultures différentes.
Haines juxtaposées ou croisées
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