- Dans un rapport que TF1 a pu consulter, les deux vétérinaires mandatés par le tribunal administratif de Nice alertent sur la situation des deux orques de Marineland.
- S’ils sont en bonne santé, les vétérinaires estiment en revanche que les besoins des deux cétacés et l’état de leurs bassins « ne sont pas compatibles avec un maintien durable » à Antibes.
- En décembre, le gouvernement s’était prononcé pour leur transfert dans un enclos marin au Canada, mais celui-ci n’est pas prêt. Des annonces sont attendues lundi.
Marineland : le sort des orques et dauphins au cœur des débats
Marineland : le sort des orques et dauphins au cœur des débats
« Les besoins des orques et l’état de leurs bassins ne sont pas compatibles avec un maintien durable au sein du Marineland d’Antibes
. » Dans un rapport confidentiel que s’est procuré TF1, les conclusions des deux experts vétérinaires mandatés par le tribunal administratif de Nice sont très claires. Les deux vétérinaires devaient se prononcer sur la compatibilité de l’état de santé des animaux avec les conditions de détention dans la perspective d’un éventuel transfert des cétacés vers un autre parc aquatique. La procédure avait été lancée par Sea Shepherd, qui à l’époque espérait obtenir des éléments permettant le blocage de leur transfert dans un autre parc de loisirs, notamment au Japon.
Mais en réalité, les deux vétérinaires, qui se sont rendus à Antibes à deux reprises et ont pu examiner les deux orques, Wikie et Keijo, et les douze dauphins, font une distinction dans leur rapport : oui, l’état de santé des deux orques « est compatible avec leur maintien au sein du Marineland d’Antibes
« , tout comme il est compatible « avec leur vie au sein d’un autre delphinarium hors territoire français
» ou même « vers un sanctuaire marin
« .
A certaines conditions toutefois : « Dès lors que les sites d’accueil permettront aux cétacés de vivre dans un environnement marin dont la qualité de l’eau de mer sera la plus proche possible d’une eau de mer naturelle régulièrement renouvelée, idéalement non traitée et non polluée, répondant entre autres aux critères, propres à chaque espèce, de température adaptée au bien-être des cétacés
. »
« Il conviendra cependant de maintenir un suivi sanitaire rigoureux et régulier des dauphins et des orques
, écrivent les deux vétérinaires. Le respect des besoins éthologiques de chaque espèce devra être une priorité
. »
Isolement, état des bassins et santé mentale des soigneurs
En revanche, le statu quo actuel menace la vie des deux cétacés. « Les différentes solutions évoquées récemment, à savoir la création de bassin
au zoo de Beauval pouvant accueillir tout ou partie des dauphins du Marineland
, ou l’envoi des orques vers un sanctuaire marin au Canada semblent ne pas être fonctionnelles avant plusieurs mois ou années, ce qui parait difficilement compatible avec la situation actuelle des cétacés au Marineland d’Antibes
« , alertent les experts.
Les deux vétérinaires relèvent plusieurs problèmes pour les deux orques :
- D’abord, le fait qu’il n’y ait que deux orques, une mère et son fils, alors que ces cétacés vivent en groupe. «
Le maintien des 2 orques au sein du Marineland ne correspond pas au registre éthologique normal de cette espèce qui vit normalement en groupe matrilinéaire (mère et sa progéniture) de plusieurs dizaines d’individus
« , écrivent-ils. - Ensuite, les bassins des deux orques sont en mauvais état et leur remise à niveau nécessiterait de déplacer, au moins temporairement, les deux orques.
- Enfin, la santé mentale des soigneurs, qui sont restés sur place malgré la fermeture et devaient initialement être licenciés, est considérée par «
altérée
» par la médecine du travail.
Des orqués nées en captivité et habituées à l’homme
Sur le premier point, les deux vétérinaires ont constaté que les cétacés, nés en captivité, « présentaient un intérêt marqué par la présence d’humains, que ce soient leurs soigneurs ou les visiteurs du jour, constitués des experts et parties prenantes »
. « Il est fondamental de maintenir des activités d’enrichissement et de stimulations diverses, variées, ce qui nécessite la présence de soigneurs a minima équivalente aux périodes passées d’activités de spectacles et entrainement, afin de limiter une aggravation des troubles de type stéréotypie, des attitudes anxieuses, dépressives ou agressives
« , estiment encore les experts.
Ce qui signifie que toute solution future pour les orques devra inclure cette dimension d’interaction. « Cela semble plus évident dans un parc aquatique que dans un sanctuaire marin qui n’existe pas encore, et dont on ne sait pas dire si des soigneurs seront présents »
, commente pour TF1 une source proche du dossier.
Des bassins « en fin de vie », avec « de nombreuses fissures »
Sur l’état des bassins, sur lequel la direction du parc a alerté à de nombreuses reprises ces dernières semaines, les experts disent avoir constaté « une altération visuelle de l’extérieur des bassins des orques
« , dont de « nombreuses fissures
« .
« Les risques concernant les bassins des orques découlent principalement de leur état de dégradation structurelle avancée, qui pourrait compromettre la sécurité environnementale et la solidité de l’installation, rendant à terme leur utilisation délicate, voire dangereuse pour les animaux détenus en cas d’incident majeur
« , écrivent les vétérinaires.
La structure, qui n’a pas été rénovée, est considérée « en fin de vie
« , et est mise à mal par des mouvements du sol, dont le gonflement des couches d’argiles. La direction du parc a alerté à de nombreuses reprises sur cette situation, poussant le gouvernement français à trancher rapidement la question du transfert des deux orques, en vain.
Déplacer les orques en urgence en cas de problème ?
Pour les vétérinaires, l’état général des deux bassins nécessite « une intervention majeure
» pour « une rénovation totale et imminente
« , mais celle-ci serait associée à d’autres risques, relèvent-ils, en raison du « déplacement des orques obligatoires
« .
« La rénovation complète devrait être réalisée en deux phases sur des bassins vides, rendant nécessaire le déplacement des orques vers d’autres bassins ou lieux de détention
« , écrivent-ils, évoquant les nuisances importantes associées à de tels travaux, dont le bruit et les vibrations.
Et cela ne règlerait pas le problème fondamental du site : « Si des réparations permettraient de maintenir les bassins fonctionnels à court terme, la cause profonde (les mouvements du sol) persiste, entraînant une perte progressive de la garantie de solidité structurelle et un risque de pollution des eaux souterraines
. »
La solution de l’euthanasie des animaux pourrait être malheureusement nécessaire.
La solution de l’euthanasie des animaux pourrait être malheureusement nécessaire.
Les deux véterinaires mandatés par le tribunal
Les vétérinaires alertent sur l’urgence à agir, craignant une dégradation brutale et majeure des bassins. « En cas de dangers majeurs pour les orques tels que rupture partielle de l’enceinte d’un ou de plusieurs bassins, la décision d’évacuer les orques paraitrait nécessaire
« , écrivent-ils. Or, une telle évacuation « peut difficilement être réalisée en situation d’urgence
« , étant donné la logistique nécessaire au déplacement des deux cétacés.
« Les orques ne pouvant pas rester plusieurs heures sans être immergées au risque de graves séquelles sur leurs organes internes (pouvant conduire à leur mort), en situation fortement dégradée, et en l’absence de solution rapide de transfert des animaux en danger vers un bassin sécurisé, la solution de l’euthanasie des animaux pourrait être malheureusement nécessaire
« , observent les deux experts.
Une association demande leur transfert en Espagne
Ils consacrent ensuite leur rapport à l’étude des conditions nécessaires au transfert des deux orques, qu’il ait lieu vers un autre parc aquatique ou vers un potentiel sanctuaire. Un voyage qui demandera des conditions très précises pour être effectué et pour assurer la survie des deux cétacés.
Vendredi, l’association canadienne TideBreakers, qui s’est fait connaître notamment pour avoir filmé au drone au-dessus du Marineland, s’est elle-même prononcée pour leur transfert à Tenerife, rappelant qu’il n’existait pas de « projet viable
» de sanctuaire « actuellement en construction
« .
Le gouvernement français va-t-il renoncer au Canada ?
Pour rappel, le parc a définitivement fermé ses portes au public en janvier 2025. Parques Reunidos espérait un transfert vers le Japon, puis vers l’Espagne des deux orques et des dauphins, mais le gouvernement français a refusé ces perspectives, les estimant contraires à la loi française qui interdit les spectacles de cétacés. Ces structures comportent en effet des « présentations au public
« .
En reprenant ce dossier devenu sensible, le ministre délégué Mathieu Lefèvre s’est prononcé en décembre pour leur transfert dès cet été dans un sanctuaire marin en Nouvelle-Ecosse porté par une fondation. Problème : celui-ci n’est pas prêt, les fonds n’ont pas encore été rassemblés. Lundi, le ministre reçoit tous les acteurs concernés par ce dossier, et devrait à cette occasion confirmer que le ZooParc de Beauval va bel et bien construire un delphinarium qui accueillera, à terme les dauphins de Marineland.
Mais quid des orques ? Selon nos informations, Mathieu Lefèvre a reçu ces derniers jours un représentant de Loro Parque, un parc situé à Tenerife, aux Canaries, qui possède déjà quatre orques et qui accepterait d’accueillir Wikie et Keijo. Il doit également recevoir les porteurs de projet du sanctuaire en Nouvelle-Ecosse.
Toujours selon nos informations, également sollicité, Sea World, en Floride, a décliné. C’était pourtant une piste qui intéressait le gouvernement français : c’est certes un parc aquatique, mais la reproduction y est interdite, quand elle est autorisée à Tenerife. Le gouvernement misait sur cet élément pour convaincre les associations.











