- L’intervention américaine et israélienne a des conséquences directes sur les prix du pétrole.
- Pour la première fois depuis la guerre en Ukraine, ils ont dépassé les 80 dollars le baril.
- Les automobilistes craignent une hausse des prix à la pompe, toutefois relativisée par les experts.
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Moyen-Orient : les États-Unis et Israël frappent l’Iran
Une flambée prévisible… et durable ? Les prix du pétrole ont dépassé brièvement 80 dollars le baril ce lundi 2 mars au matin, le conflit engagé contre l’Iran faisant redouter des perturbations de l’offre de brut. Vers 07h30 (heure de Paris), le baril de Brent de la mer du Nord s’envolait de 7,56% à 78,37 dollars. Il avait ouvert à plus de 82 dollars, après le week-end. Le baril de WTI nord-américain gagnait, lui, 7,21% à 71,82 dollars. Le Brent, référence internationale de l’or noir, avait déjà progressivement intégré une prime de risque géopolitique pour s’afficher à 72 dollars vendredi, loin des 61 dollars du début d’année.
En 2022, au début de la guerre en Ukraine, les prix du brut avaient dépassé 100 dollars le baril, à l’unisson des prix du gaz, contribuant à un cycle inflationniste prolongé. Comme on peut le voir dans notre reportage en tête de cet article, les automobilistes s’inquiètent d’une hausse des prix à la pompe, même si les alternatives existent. Réagissant au conflit, l’Arabie saoudite, la Russie et six autres membres de l’alliance de pays exportateurs Opep ont augmenté dimanche leurs quotas de production de 206.000 barils par jour pour le mois d’avril.
Le transport via Ormuz suspendu
Suite à l’attaque de deux navires dimanche au large des Émirats arabes unis et d’Oman, l’Organisation maritime internationale (OMI) a appelé les compagnies maritimes à « éviter »
la région. Le prix des assurances devient prohibitif, et les principales compagnies ont confirmé suspendre leur passage. Conséquence : le transport maritime via le détroit d’Ormuz, par où transite quelque 20% de la consommation mondiale de pétrole, est de facto suspendu.
En théorie, les pays importateurs de pétrole disposent de réserves, les membres de l’OCDE devant maintenir quatre-vingt-dix jours de stocks. Mais « en cas d’interruption prolongée des livraisons via Ormuz, le pétrole brut pourrait rapidement grimper jusqu’à 100 dollars le baril, notamment en cas d’attaques contre les installations pétrolières dans la région »
, prévient Eurasia Group. « Même sans arrêt total de la production, la hausse des primes liées au conflit, les modifications d’itinéraires et la réévaluation des assurances peuvent maintenir les coûts du pétrole et du fret à un niveau élevé »
, observe Charu Chanana, de Saxo Markets.
Les prix du gaz également impactés ?
L’Iran lui-même figure parmi les dix plus grands producteurs mondiaux avec environ 3,1 millions de barils/jour : des frappes sur ses infrastructures pourraient avoir des conséquences durables. Dans l’immédiat, les raffineurs chinois seraient particulièrement touchés par une perturbation prolongée des approvisionnements en pétrole iranien, dont ils achètent la très grande majorité. L’Iran représente environ 13% des importations chinoises de pétrole brut par voie maritime.
Les prix du gaz risquent de bondir également : un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié transite aussi par Ormuz, principalement en provenance du Qatar. Pour autant, « il est peu probable qu’une perturbation grave et durable se produise »
, temporisent les experts d’Oxford Economics. « Cela obligerait l’Iran à maintenir un blocus naval sans précédent et à se défendre contre la riposte militaire, économique et diplomatique immédiate qu’il provoquerait de la part des grandes puissances »
, expliquent-ils.
Ce lundi matin justement, le prix du gaz européen explosait en raison du conflit au Moyen-Orient, qui compromet l’exportation de gaz naturel liquéfié depuis le Golfe, et notamment les exportations du Qatar. Vers 9h, le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne, s’affichait en hausse de plus de 20%, après avoir bondi de 22%, à 38,885 euros, un cours néanmoins plus bas que ce qui avait été atteint en janvier à cause d’une vague de froid.
Les cours du pétrôle pourraient régresser dans les semaines à venir si « aucune perturbation significative de la production n’est constatée »
, abonde Giovanni Staunovo, d’UBS. Selon Eurasia Group, « des dizaines »
de pétroliers chargés se trouvent à proximité d’Ormuz, « la plupart amarrés ou ancrés dans des zones couvertes par des systèmes de défense aérienne »
et si la crise s’apaise, « ces navires pourraient rapidement reprendre l’approvisionnement du marché mondial ».










