Le ministre de la justice, Gérald Darmanin, a annoncé, jeudi 19 février, un « changement de méthode » dans la lutte contre les violences faites aux femmes face aux « failles » persistantes du système judiciaire dans ce domaine.
Il y a eu des « avancées », mais « nous ne sommes pas encore au rendez-vous de ce que devrait faire le grand service public pour être à l’écoute des victimes », a-t-il estimé lors d’une audition devant la délégation aux droits des femmes du Sénat, évoquant notamment les « 70 % de plaintes classées sans suite » et des délais de jugement « pouvant aller jusqu’à six ans ». En cause, une « juxtaposition de compétences sans articulation », un « empilement d’instruments sans chef d’orchestre » et « une chaîne pénale dont la cohérence fait largement défaut » avec pour conséquence des victimes qui le payent parfois de leur vie.
M. Darmanin souhaite ainsi un changement qui permette « de clarifier la chaîne de décision, de l’uniformiser sur le territoire national et d’outiller de manière extrêmement concrète le travail des magistrats ».
A cette fin, il a annoncé notamment la création d’un guichet national des téléphones grave danger « dans les toutes prochaines semaines », l’homogénéisation des stages de responsabilisation des auteurs de violences sexuelles et sexistes ou encore l’expérimentation d’audiences communes (civiles et pénales).
Vers une « culture du résultat »
Un code des violences familiales, qui « réunira tous les textes en vigueur », sera publié en juin 2026, pour permettre à chaque magistrat « où qu’il exerce » de « pouvoir s’appuyer sur le même référentiel identique – une victime ne sera pas mieux protégée à Toulouse qu’à Agen ».
Parallèlement, une « direction des victimes et des usagers » va être créée au sein du ministère de la justice « avant la fin de ce semestre » avec l’objectif de devenir un « centre d’expertise et de statistiques ». « Pour chaque mesure, il y aura un pilote, un chef de projet, un calendrier, des moyens dédiés et des rendez-vous publics d’évaluation », a assuré M. Darmanin, appelant à passer de la « culture du commentaire » à « une culture du résultat ».
Il a notamment souhaité que le gouvernement rende compte chaque année devant le Parlement du nombre d’ordonnances de protection par juridiction ou encore des délais en matière de jugement.
Si l’accueil de la parole des victimes « s’est amélioré » ces dernières années, il reste encore des choses à faire, a reconnu M. Darmanin, suggérant notamment de rendre obligatoire la présence d’un avocat dès le dépôt de plainte. Un « portail du justiciable », a-t-il ajouté, va être mis en place « d’ici la fin de l’année pour permettre aux victimes de savoir » où en est leur plainte, pourquoi ça a été classé, quelles sont les voies de recours, etc.
« Une cause mal dotée » financièrement
Ces annonces surviennent dans un contexte de critiques régulières des associations féministes qui exhortent l’exécutif à passer à la vitesse supérieure dans la lutte contre les violences faites aux femmes.
Plusieurs rapports officiels (Cour des comptes, Sénat, Assemblée nationale…) ont épinglé « une cause mal dotée » financièrement, déplorant les montants « dérisoires » dédiés. Le Conseil de l’Europe s’est alarmé, de son côté, en septembre dernier, des lacunes dans la protection des femmes en France, tout en reconnaissant que des « progrès » avaient été accomplis.
Selon les associations féministes, 167 féminicides ont été commis en France en 2025. Les chiffres officiels font état de 107 féminicides conjugaux en 2024, un chiffre en hausse sur un an. Selon la Mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof), une femme est victime toutes les deux minutes de viol, tentative de viol ou d’agression sexuelle, et toutes les 23 secondes, une femme subit du harcèlement sexuel, de l’exhibition sexuelle ou l’envoi non sollicité de contenus à caractère sexuel.









