Trois ans après la collision ferroviaire la plus meurtrière de l’histoire de la Grèce, le procès de 36 personnes, dont d’anciens responsables des chemins de fer, devait commencer lundi 23 mars à Larissa (en Thessalie, dans le centre du pays), dans une ambiance tendue.
Mais celui-ci a été ajourné au 1er avril, peu après son ouverture, en raison de vives tensions dans la salle d’audience. Les familles des 57 personnes tuées en février 2023 ont crié leur colère, dénonçant des conditions d’organisation jugées « insultantes », selon une avocate, et une salle trop petite pour accueillir les centaines de personnes voulant assister au procès.
La cour de Larissa doit déterminer les responsabilités individuelles dans la collision frontale entre deux trains le 28 février 2023. Ce soir-là, dans la vallée de Tempé, un train de marchandises avait percuté celui convoyant quelque 350 personnes d’Athènes à Thessalonique (Nord). Les deux avaient circulé sur la même voie pendant plus de dix minutes sans déclencher aucun système d’alarme.
Avant l’ouverture du procès, des parents de victimes ont témoigné leur colère devant les failles de l’enquête. Plusieurs affirment, en s’appuyant sur des appels téléphoniques désespérés, que leurs enfants ne sont pas morts dans le choc de la collision, mais brûlés vif après l’accident.
« En tant que parents, nous voyons bien toute cette mascarade, mais nous continuerons à élever la voix, à exiger la vérité et à faire tout ce que nous devons faire », a lancé Maria Karystianou, mère d’une victime de 19 ans, devant des journalistes avant l’ouverture du procès. « Pour la mort de mon enfant, qui a été brûlé vif, il n’y a eu ni enquête ni accusé. C’est quelque chose de très très lourd à porter », a également déclaré cette pédiatre, qui compte lancer prochainement un parti politique.
« Nous demandons une punition exemplaire des responsables », a réclamé Pavlos Aslanidis, président de l’Association des familles de victimes. « Il est triste de constater qu’après trois ans personne n’est en prison. »
Au lendemain de l’accident, les Grecs avaient découvert avec effroi les failles de sécurité de leur réseau ferroviaire, miné par des années de gestion indigente et des systèmes de signalisation vétustes. Leur modernisation accusait un retard de plusieurs années malgré l’octroi de fonds européens importants et les alertes des syndicats.
Aucun train ne circule d’ailleurs lundi en Grèce en raison d’une grève qui se veut, selon le syndicat des cheminots, « un acte de mémoire collective, de protestation ».
Le site du drame rasé au bulldozer
Trente-six accusés répondent de charges criminelles et encourent des peines de prison pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité. Tous comparaissent libres, même si certains ont effectué de la détention préventive.
Au moins 352 témoins de l’accusation devraient défiler à la barre, dont des survivants de cette collision qui avait soulevé une immense vague de colère dans le pays, jamais apaisée depuis. Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont encore descendues dans les rues le 28 février dernier, à l’occasion du troisième anniversaire du drame.
Parmi les accusés figurent le chef de gare en poste ce soir-là à Larissa, Vassilios Samaras, peu expérimenté et interpellé le lendemain de l’accident, et deux autres chefs de gare qui avaient quitté leur poste avant la fin de leur service. Ils sont accusés d’avoir commis « des actes dangereux pour la sécurité de la circulation ferroviaire (…) ayant eu pour conséquence la mort d’un grand nombre de personnes et des lésions corporelles graves pour un grand nombre de personnes », selon l’acte d’accusation consulté par l’Agence France-Presse.
Des cadres et des employés de l’Organisme des chemins de fer de Grèce, le gestionnaire du réseau ferré, sont également jugés, deux hauts fonctionnaires du ministère des transports, ainsi que deux responsables italiens de la compagnie des chemins de fer Hellenic Train, filiale des chemins de fer italiens, Ferrovie dello Stato.
Aucun responsable politique ne sera sur le banc des accusés, ce qui alimente la rancœur, alors que le camp conservateur du premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, a été accusé par l’opposition et la société civile de couvrir les responsables du « crime de Tempé ». Deux anciens membres du gouvernement Mitsotakis font l’objet d’une procédure, mais aucun n’a comparu devant un tribunal. Des preuves précieuses ont par ailleurs été perdues quand, quelques jours seulement après la collision, le site a été rasé au bulldozer.









