- Plusieurs entreprises chinoises pourraient avoir fourni des données à l’Iran, leur permettant de frapper des intérêts américains au Moyen-Orient.
- Parmi ces sociétés figurent Emposat, spécialisée dans les stations terrestres de communication par satellite.
- Selon « le Financial Times », Téhéran aurait utilisé en mars un satellite chinois afin de surveiller les principaux sites militaires utilisés par les États-Unis dans la région.
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Guerre au Moyen-Orient : fortes tensions après l’échec des pourparlers
L’Iran a-t-il utilisé en mars un satellite chinois (nouvelle fenêtre) afin de surveiller les principaux sites militaires utilisés par les Américains à travers le Moyen-Orient ? L’information, rapportée ce mercredi 15 avril par le Financial Times (FT)
(nouvelle fenêtre), met en lumière la question sensible de la coopération entre Pékin et Téhéran dans ce conflit.
Selon le quotidien britannique, citant des documents militaires iraniens, un satellite TEE-01B, construit et mis en orbite par la société chinoise Earth Eye Co, a été acquis par la Force aérospatiale du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) quelques mois après son lancement dans l’espace depuis la Chine (nouvelle fenêtre), en juin 2024. Les commandants militaires iraniens auraient utilisé ce satellite doté d’une résolution bien meilleure que celle de leurs satellites afin de capter des images de sites militaires stratégiques du Moyen-Orient utilisés par les Américains.
Les images auraient été captées avant et après des frappes de drones et de missiles contre ces sites, selon le Financial Times
. Le satellite aurait ainsi capturé les 13, 14 et 15 mars des images de la base aérienne de Prince Sultan, en Arabie saoudite près de Riyad, où les forces américaines sont stationnées. Cinq avions ravitailleurs de l’US Air Force de cette base avaient été endommagés par des missiles le 14 mars. Le satellite aurait également surveillé la base aérienne de Muwaffaq Salti, en Jordanie, qui accueille des unités américaines, et d’autres dans la région.
Dans le cadre d’un accord conclu avec Pékin, les Gardiens de la révolution auraient obtenu l’accès à des stations terrestres commerciales exploitées par une autre société chinoise, Emposat, qui fournit l’infrastructure au sol du système. Ce groupe de télécoms chinois procurerait au CGRI à la fois les logiciels et le réseau terrestre nécessaires pour faire fonctionner le satellite durant sa durée de vie.
Des liens avec les autorités chinoises
Emposat, basée à Pékin, est une entreprise commerciale officiellement privée. Elle aurait toutefois des liens avec les autorités chinoises : selon des experts, il est difficile d’imaginer qu’une entreprise chinoise puisse lancer un satellite à l’étranger sans l’aval d’un responsable au sein du gouvernement. Le développement d’Emposat est activement soutenu par plusieurs fonds d’investissement chinois directement liés aux autorités locales de Pékin, précise Intelligence Online (nouvelle fenêtre).
La société a été fondée en 2016 par Wei Dong, connu sous le pseudonyme de Richard Zhao. Celui-ci a travaillé pendant 15 ans à l’Académie chinoise des technologies spatiales, un organisme gouvernemental. « Emposat est une étoile montante du secteur spatial commercial chinois, mais elle reste un produit de l’État et de l’establishment militaire »
, indique au Financial Times
Aidan Powers-Riggs, expert du think tank CSIS, qui a mené des recherches sur le groupe.
De son côté, Pékin réfute toute intervention dans la guerre. « Nous nous opposons fermement à la diffusion de désinformation spéculative et insinuante contre la Chine par les parties concernées »,
indique au FT Liu Pengyu, porte-parole de l’ambassade de Chine à Washington. « Nous adoptons une position objective et impartiale et nous nous efforçons de promouvoir les pourparlers de paix. Nous ne participons jamais à des actions qui aggravent les conflits. »
Un réseau qui opère à travers le monde
Ce n’est pas la première fois qu’Emposat fait parler d’elle. Les services de renseignement européens seraient de plus en plus nombreux à s’inquiéter des stations de communication satellites de ce groupe chinois. Comme l’indique Intelligence Online, un dossier d’espionnage suivi de près par le renseignement français a mis en lumière les activités chinoises dans ce domaine : une filiale d’Emposat en France est suspectée d’avoir installé sans autorisation, à quelques encablures des sites d’Airbus Defence and Space (ADS) à Toulouse, une antenne de télécommunication. Celle-ci serait suspectée d’avoir espionné les satellites français, révélait en juin 2025 ce média spécialisé sur les questions de renseignements.
Le réseau des stations de communication satellites d’Emposat s’étend à travers l’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique. Au total, l’entreprise opère ainsi dans plus de 60 stations terrestres à travers le monde, en propriété directe ou par le biais de partenariats, précise Intelligence Online. C’est notamment le cas en Azerbaïdjan. En Argentine, un projet controversé vise à implanter plusieurs antennes dans le sud du pays, avec une attention particulière portée à la surveillance des routes antarctiques, devenues une priorité stratégique pour les dirigeants communistes chinois. Sur le continent africain, Emposat exploite des antennes, déjà en service au Kenya et en Afrique du Sud. Chaque antenne vise à maximiser le temps de contact avec les satellites en orbite basse ou moyenne pour fournir des services de télémétrie – une technique de mesure des distances -, contrôle et transmission de données, précise le site spécialisé.
D’autres sociétés satellitaires chinoises sont surveillées par les autorités américaines. En 2025, le Financial Times
indiquait que Chang Guang Satellite Technology, un groupe commercial lié à l’armée chinoise, fournissait des images satellites aux rebelles houthis, soutenus par l’Iran, au Yémen, afin de les aider à cibler les navires de guerre américains et internationaux en mer Rouge.
La lettre de Donald Trump à Xi Jinping
Les révélations sur le contrat satellitaire interviennent alors que les États-Unis s’inquiètent plus largement du soutien apporté par Pékin à l’Iran. Selon CNN, le New York Times
et le Financial Times
, Washington soupçonnait ces derniers jours la Chine de fournir à l’Iran des missiles anti-aériens portables à l’épaule du même type que ceux utilisés récemment par l’Iran pour abattre un avion de chasse américain F-15, connus sous le nom de MANPADS. La Chine a toutefois vivement démenti ces informations lundi, les qualifiant de « calomnies sans fondement »
. Ce mercredi, dans un entretien diffusé sur la chaîne Fox Business, Donald Trump a dit avoir demandé à son homologue chinois Xi Jinping de ne pas donner des armes à l’Iran et que ce dernier lui a répondu ne pas le faire.
Au niveau diplomatique, la Chine a joué un rôle clé pour obtenir une trêve entre les États-Unis et l’Iran, même si Pékin a évité de se placer publiquement au premier plan des efforts de paix. Soucieuse avant tout de protéger ses intérêts, la Chine, premier partenaire commercial de l’Iran, et qui achetait plus de 80% du pétrole exporté par l’Iran avant le début de la guerre, s’est abstenue de crier victoire et maintient l’ambivalence quant à l’opportunité d’un engagement plus direct.









