Donald Trump a prévu d’annoncer ce mercredi une nouvelle salve de droits de douane à l’encontre des partenaires commerciaux des États-Unis, qui craignent une nouvelle rafale de mesures.
Mais les contours de ce qui se prépare restent encore très flous.
Le président américain a menacé « tous les pays » et évoqué des droits de douane « réciproques », avant de promettre qu’il resterait « très gentil » dans ses décisions.
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Le second mandat de Donald Trump
De jour en jour, il brouille les pistes et ménage le suspense. Donald Trump a annoncé que des nouveaux droits de douanes seraient dévoilés ce mercredi 2 avril, une journée qu’il a même baptisée « Liberation day », la journée de la libération. Mais derrière la mise en scène du moment, le flou subsiste sur l’ampleur de cette nouvelle phase de sa guerre commerciale, (nouvelle fenêtre) que le milliardaire américain s’emploie à mener depuis plusieurs semaines déjà.
Les mesures doivent être indiquées en grande pompe, pendant une cérémonie à 16 heures locale (22h à Paris) à la Maison-Blanche. Soit juste après la fermeture de la Bourse de New York, qui a déjà commencé à tanguer, comme d’autres places à travers le monde. Pour cause, de nombreux partenaires commerciaux retiennent leur souffle, craignant une rafale de nouvelles mesures, tandis que Donald Trump a déjà décidé de taxer à hauteur de 25% l’acier et l’aluminium (nouvelle fenêtre) importés aux États-Unis. Et à partir de jeudi, les automobiles et les pièces (nouvelle fenêtre) entrant dans le pays vont être à leur tour taxés, là encore à 25%.
Un nouveau train de mesures se profile donc, mais pour l’heure, peu d’informations filtrent sur les annonces de ce mercredi. Et notamment sur le nombre de pays concrètement ciblés. Jusqu’alors, Donald Trump les a tous menacés sans exception. « On commencerait par tous les pays, on verra bien », a-t-il lancé dimanche.
Le grand flou sur les niveaux de taxe et les cibles
Mais quel traitement l’administration américaine leur réserve-t-elle précisément ? Le président américain a initialement indiqué qu’il prévoyait des droits de douane « réciproques ». Autrement dit, cela déboucherait à la mise à niveau des barrières douanières des États-Unis, en fonction de la manière dont chaque pays taxe les produits américains. L’objectif : mettre fin à des décennies pendant lesquelles la première économie mondiale a selon lui été « arnaquée » par ses partenaires commerciaux (nouvelle fenêtre). « Demain, c’en sera fini de dépouiller l’Amérique », a tonné de son côté ce mardi sa porte-parole Karoline Leavitt, indiquant que les nouvelles taxes devraient entrer en vigueur « immédiatement ».
Mais Donald Trump, qui aime souffler le chaud et le froid, a semblé dans le même temps relativiser ces grandes menaces. Dimanche, il a assuré que les droits de douane seront plus « généreux » que ceux qui ont été imposés par les autres pays contre les États-Unis. Puis il a répété lundi qu’il promettait d’être « très gentil » avec les partenaires commerciaux. Les autres pays « ont profité de nous, et nous allons être très sympas, en comparaison de ce qu’ils nous ont fait », a-t-il ajouté, en assurant que les droits de douane américains seraient « plus bas », et dans certains cas « nettement plus bas » que ceux imposés en face.
Face à ces changements de ton, les grands journaux américains ont tenté d’y voir plus clair, mais la situation reste encore floue. Le Washington Post (nouvelle fenêtre) a par exemple appris auprès de trois sources proches du dossier que des conseillers de la Maison-Blanche avaient proposé d’imposer des droits de douane d’environ 20% sur la plupart des importations américaines. Un plan risquant, s’il était adopté, de « provoquer une onde de choc sur les marchés boursiers et l’économie mondiale », selon le journal. Mais aucune décision définitive n’a encore été prise, d’après lui.
De son côté, le New York Times (nouvelle fenêtre) évoque un possible traitement différencié d’un pays à l’autre, en fonction du taux de taxe de ces partenaires commerciaux sur les produits américains. Et souligne que l’administration Trump aurait en particulier en ligne de mire les « Dirty 15 » (les 15 sales) (nouvelle fenêtre), des pays qui imposeraient les barrières douanières les plus hautes, à l’origine d’un déficit commercial important aux États-Unis. En tête, on retrouve la Chine, le Mexique et le Vietnam, puis l’Allemagne et le Japon, selon les données du Bureau du recensement des États-Unis, qui dépend du département du Commerce des États-Unis.
Quelle répercussion aux États-Unis et dans le monde ?
En attendant, les partenaires économiques des États-Unis préparent leur riposte, entre contre-mesures et réduction de leurs propres droits de douane (nouvelle fenêtre). Dans l’Union européenne par exemple, « nous ne voulons pas nécessairement prendre des mesures de représailles », mais « nous disposons d’un plan solide pour le faire si nécessaire », a prévenu par exemple la cheffe de la Commission européenne Ursula von der Leyen. L’institution avait déjà annoncé qu’elle allait taxer une série de produits américains, allant des bateaux au bourbon en passant par les motos (nouvelle fenêtre), à partir de mi-avril, en réponse aux taxes sur l’acier et l’aluminium.
Côté financier, les Bourses asiatiques et européennes, qui avaient nettement reculé lundi, ont un peu rebondi mardi. Mais Wall Street a, elle, ouvert en baisse (nouvelle fenêtre). Les craintes d’une récession aux États-Unis se font de plus en plus présentes.
La Maison-Blanche défend les nouvelles barrières douanières en faisant miroiter des recettes conséquentes : sa porte-parole a assuré que Donald Trump agissait « dans l’intérêt des travailleurs américains ». Un responsable assurait mercredi à la presse que les nouveaux droits de douane devraient rapporter « des centaines de milliards de dollars, peut-être même un millier de milliards » sur une année pleine.
Mais les analystes de Goldman Sachs ont eux exposé, dans une note, les dangers économiques liés à une avalanche de droits de douane, qui aurait le même impact négatif qu’une hausse d’impôts sur la consommation et le pouvoir d’achat des ménages. « Cette politique de droits de douane punitifs devrait entraîner une baisse de la performance économique au premier trimestre aux États-Unis et crée une incertitude mondiale qui freine les investissements et le commerce », a souligné de son côté Jochen Stanzl, analyste chez CMC Markets, auprès de l’AFP. « La hausse des prix, la baisse de la demande et la réticence à l’investissement sont une combinaison généralement propice à une récession », a-t-il ajouté.