Le président américain entretenait depuis plusieurs jours le suspense autour de nouvelles annonces sur la guerre commerciale qu’il alimente depuis des semaines.
Il a finalement levé le voile ce mercredi sur de nouveaux droits de douane, pas totalement « réciproques » mais massifs pour certains pays.
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Le second mandat de Donald Trump
« Notre pays se fait escroquer depuis plus de 50 ans, mais cela ne sera plus le cas. » Dans une longue prise de parole, attendue de pied ferme par les pays du monde entier, le président américain Donald Trump a lancé ce mercredi 2 avril une nouvelle offensive de sa guerre commerciale (nouvelle fenêtre), annonçant de nouveaux droits de douane contre de nombreux partenaires commerciaux. « Ces droits de douane ne seront pas entièrement réciproques », a-t-il posé. Mais pour certains pays, la facture est particulièrement salée.
Depuis la roseraie de la Maison Blanche, il a notamment évoqué des droits de douane massifs (nouvelle fenêtre) sur les produits entrant aux États-Unis, en particulier 34% sur les produits chinois et 20% sur ceux en provenance de l’Union européenne. Il a aussi annoncé plus largement un droit de douane plancher, d’au moins 10%, sur tous les produits entrant aux États-Unis. Ces nouvelles mesures entreront en vigueur les 5 et 9 avril, a indiqué la présidence.
Face à de nombreux membres de son gouvernement, mais aussi des travailleurs de plusieurs secteurs invités pour l’occasion, Donald Trump a d’abord annoncé fièrement qu’il s’apprêtait à signer un « décret présidentiel historique », visant à « instaurer des droits de douane réciproques instituant des droits de douane réciproques sur les (importations des) pays du monde entier ». Soit au même niveau que ceux perçus par les partenaires commerciaux de Washington.
L’Union européenne accusée « d’arnaquer » Washington
« Ce qu’ils nous font, nous le ferons également », a-t-il lancé, sourire aux lèvres, promettant que ce mercredi marquerait « un des jours les plus importants de l’histoire américaine« . « C’est notre déclaration d’indépendance économique », a poursuivi le locataire de la Maison Blanche, qui avait baptisé cette date le « Liberation Day », la « journée de la libération ».
Mais au fil de son discours, il a semblé adoucir légèrement le ton, annonçant que les nouveaux droits de douane décidés ne seraient en réalité « pas entièrement réciproques ». « J’aurais pu faire ça, mais ça aurait été dur pour un certain nombre de pays », a-t-il justifié. Brandissant un tableau, listant selon lui les pays imposant le plus de barrières douanières aux États-Unis (nouvelle fenêtre), il a détaillé ensuite la réponse de l’administration, qui serait clémente selon lui.
Pour autant, certains nouveaux droits de douane restent massifs. Selon ce classement établi par l’administration américaine, qui ne justifie aucun calcul des valeurs listées, la Chine serait le pays qui impose les plus fortes barrières douanières : elle taxerait à 67% les produits américains. Donald Trump a annoncé en réponse des droits de douane à 34% sur les produits chinois. « Ils nous font payer, on leur fait payer moins, comme ça, personne ne sera vexé », a-t-il ironisé.
En deuxième place viendrait l’Union européenne, qui taxerait les produits américains à 39% (nouvelle fenêtre) selon l’administration américaine. Des taxes à 20% vont s’appliquer en retour, a indiqué le président américain, qui a accusé les Vingt-Sept d’être « très très durs en commerce ». « On se dit souvent que l’UE est très amicale, en fait ils nous arnaquent, c’est pathétique », a-t-il tancé, des griefs qu’il répète régulièrement à l’égard de Bruxelles (nouvelle fenêtre), qui fait déjà l’objet de plusieurs menaces de forte taxation sur certains produits (nouvelle fenêtre).
De la « réciprocité gentille »
Le président américain a déroulé plusieurs autres mesures, toujours sans étayer les calculs de son administration : 46% de droits de douane décrétés contre les produits importés du Vietnam, qui taxerait quant à lui à 90% les produits américains, 32% contre ceux de Taïwan, qui taxerait de son côté à 64%, 24% contre ceux du Japon, qui taxerait à 46%…
En neuvième position du classement, la Suisse est visée : accusée d’imposer 61% de droits de douane, elle se verra appliquer 31% sur les produits qu’elle veut importer aux États-Unis. Quant au Royaume-Uni, qui taxe à 10% les produits américains selon Washington, il écopera de son côté de droits de douane réellement réciproques, à hauteur de 10% également.
Droits de douane : le pari risqué de Donald TrumpSource : TF1 Info
« C’est de la réciprocité gentille, ce n’est pas de la réciprocité totale », a conclu le locataire de la Maison Blanche. Avant de s’adresser directement aux partenaires commerciaux. « Si vous voulez que vos droits de douane soient abaissés à zéro, eh bien construisez votre produit ici, il n’y aura pas de droit de douane », a-t-il lancé, les appelant aussi à « mettre un terme » à leurs propres droits de douane. « Si des entreprises s’opposent à ces droits de douane de bons sens, et bien il y aura des droits de douane réciproques », a-t-il aussi menacé.
Par ailleurs, « nous allons mettre en place un droit de douane de référence de base de 10%, ce sera imposé sur les autres pays afin de reconstruire notre économie », a également indiqué Donald Trump. Et de rappeler au passage l’entrée en vigueur dès jeudi, à partir de minuit, de « droits de douane de 25% sur toutes les automobiles fabriquées à l’étranger (nouvelle fenêtre)« , une mesure déjà annoncée auparavant.
Les nouvelles taxes sur les importations dévoilées ce mercredi sont prévues en deux temps, a précisé un responsable de la Maison Blanche à la presse : le 5 avril à 04h01 GMT (6h01 à Paris) pour les droits de douane d’au moins 10% sur tous les produits entrant aux États-Unis, et le 9 avril à 04h01 (6h01 à Paris) pour les droits de douane majorés visant des géants comme la Chine et l’Union européenne.
Il promet « l’âge d’or de l’Amérique »
« Avec les mesures d’aujourd’hui, nous allons enfin réussir à redonner sa grandeur à l’Amérique », a encore assuré Donald Trump, d’un ton confiant, allant jusqu’à promettre « plus de production aux États-Unis » et « des prix plus faibles pour les consommateurs ». « Ce sera effectivement l’âge d’or de l’Amérique. Nous allons revenir en force », s’est-il encore gargarisé, en dépit des craintes de plusieurs économistes sur une possible récession à venir aux États-Unis (nouvelle fenêtre), dans le sillage de ces mesures.
Face à cette nouvelle salve de droits de douane, le président américain a semblé lucide sur la réaction des pays ciblés. « Ils vont riposter. Tout le monde va riposter. Mais je dis aux dirigeants : il faut vous occuper de votre pays, mais nous, il faut qu’on commence à s’occuper du nôtre. C’est ce qu’on aurait dû faire depuis 50 ans », a-t-il malgré tout balayé, d’un ton léger.
« Il n’est pas trop tard : nous allons commencer à être intelligents, nous allons redevenir riche en tant que pays. On nous a pris tellement de notre richesse, nous n’autoriserons plus cela », a-t-il encore insisté, devant une audience conquise, qui accueillait par moment ses saillies avec des applaudissements. « Nous allons nous occuper de notre peuple, priorité à notre peuple. Aujourd’hui, nous défendons le travailleur américain et redonnons enfin la priorité à l’Amérique », a-t-il encore lancé.