- Leon Panetta, ancien directeur de la CIA, était l’invité de LCI ce vendredi 15 mai.
- Ce dernier critique l’intervention américaine en Iran, affirmant que l’objectif de faire tomber le régime n’était pas corroboré par les informations des renseignements.
- Quant à l’enlisement du conflit, il estime qu’envoyer l’armée est désormais la seule solution pour rouvrir le détroit d’Ormuz.
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Moyen-Orient : le détroit d’Ormuz toujours au cœur des négociations
« L’histoire nous a toujours enseigné qu’on ne peut pas bombarder pour obtenir un changement de régime ».
Invité de LCI ce vendredi 15 mai, Leon Panetta, ex-directeur de la CIA entre 2009 et 2011, a fustigé l’intervention militaire des États-Unis en Iran, estimant qu’elle avait été menée sans « objectifs clairs ».
« L’Iran a toujours été un adversaire et un sujet de préoccupation pour nous en raison de ses efforts pour développer l’arme nucléaire et de son soutien à l’instabilité dans la région. L’Iran est donc un ennemi de longue date »,
a-t-il commencé par expliquer.
« Mais je pense que l’effort qui vise à mener cette attaque, en collaboration avec Israël, dans l’espoir que si on éliminait les dirigeants, le régime s’effondrerait en quelques jours, ce n’était pas un bon objectif. Car nos sources de renseignements avaient clairement indiqué que cela n’arriverait jamais. Et donc, je pense que les États-Unis n’ont jamais vraiment eu d’objectifs clairs quant à la raison d’être de cette guerre »
, a-t-il assuré.
Alors que Donald Trump avait justifié cette opération militaire par la nécessité d’aider les Iraniens à renverser le régime, Leon Panetta a remis en doute cette idée. « Un changement de régime ne peut se produire que si vous attaquez la base grâce au peuple qui se soulève et qui rend ça possible. Le changement de régime n’était donc pas ce que j’appellerais un objectif réaliste par rapport à cette initiative »
, a-t-il rappelé.
Après la guerre des Douze Jours (nouvelle fenêtre), en juin 2025, au cours de laquelle les capacités nucléaires iraniennes avaient été considérablement affaiblies, « si les États-Unis avaient utilisé la CIA pour tenter de développer un leadership au sein de la population et soutenir cette révolte, ça aurait pu être le moment opportun pour essayer de voir si on pouvait provoquer un changement de régime »
. « Mais malheureusement, ça ne s’est pas produit. Donc, désormais, on est dans une impasse avec l’Iran »,
a-t-il regretté.
Et, pour Leon Panetta, l’urgence de cette guerre des Douze Jours n’était pas justifiée. « Même s’ils disposaient de combustibles enrichis à un niveau très élevé »
, la capacité de l’Iran « à assembler tous les éléments complexes nécessaires à une bombe allait, selon nous, prendre beaucoup plus de temps. Donc, comme le montraient encore une fois les renseignements, il n’y avait pas de menace imminente qu’ils soient capables de mettre au point rapidement une arme nucléaire »
, a détaillé l’ancien haut fonctionnaire.
J’ai été stupéfait que le président Trump se dise surpris par la fermeture du détroit d’Ormuz
J’ai été stupéfait que le président Trump se dise surpris par la fermeture du détroit d’Ormuz
Leon Panetta, ex-directeur de la CIA
Selon l’ancien directeur de la CIA, cette nouvelle guerre n’a eu pour effet que de renforcer le régime iranien : « Les renseignements montrent clairement que le régime est plus puissant que jamais, plus solidement ancré que jamais. C’est un régime encore plus intransigeant que sous le dernier ayatollah. »
Quant à la fermeture du détroit d’Ormuz, Leon Panetta estime qu’elle constitue « un formidable levier »
pour l’Iran. « Pour être franc, j’ai été stupéfait que le président se dise surpris par la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran. Lorsque j’étais secrétaire à la Défense et qu’on discutait d’une éventuelle action militaire contre Téhéran, l’une des premières choses dont on savait qu’elle se produirait était que l’Iran fermerait ce détroit »
, a-t-il souligné.
Pour débloquer la situation, « recourir à la force militaire »
serait, selon lui, l’unique solution. « Les États-Unis ont manqué une occasion en ne recourant pas à l’armée pour ouvrir le détroit d’Ormuz dès le début. Mais maintenant, c’est difficile à faire. Donc, il va falloir faire appel à la marine, il va falloir utiliser les navires dont on dispose. Il va falloir utiliser des hélicoptères, les forces spéciales
[…] On ne parviendra pas à sortir de cette impasse pour mettre fin à cette guerre tant que les États-Unis n’auront pas trouvé un moyen d’ouvrir le détroit d’Ormuz. »
Interrogé sur l’avenir de la région, l’ancien directeur de l' »Agency » confie son pessimisme. « S’il y a un accord,
[…] je ne fais pas confiance au régime, au pouvoir en Iran pour respecter cet accord
[…] Et je ne pense pas qu’ils aient particulièrement confiance en la capacité des États-Unis à respecter cet accord. Je pense donc qu’il y a de fortes chances que d’ici quatre ou cinq ans, les États-Unis et Israël se retrouvent à nouveau en guerre. »
Surtout que cette guerre pourrait faire basculer durablement les relations dans la région, et notamment entre alliés, comme les États-Unis et Israël. Si les deux États sont « liés l’un à l’autre »
, « j’ai toujours pensé que les États-Unis devaient également préserver leur indépendance lorsqu’il s’agit de protéger notre sécurité nationale »,
a analysé Leon Panetta. « Même si les États-Unis pourraient très bien mettre fin à cette guerre
[…] il y a encore un certain nombre d’objectifs qu’Israël estime devoir atteindre. Israël pourrait donc s’avérer être un partenaire très difficile dans tout accord qui viserait à mettre fin à cette guerre »
, a-t-il conclu.

