Attendu en 2024, le vote de la nouvelle Constitution de la République de Guinée devrait se tenir en 2025, alors que la junte au pouvoir a déjà manqué à plusieurs de ses engagements.
« La date pour la tenue du référendum pour l’adoption de la nouvelle Constitution est fixée au dimanche 21 septembre 2025 », a annoncé à la télévision publique, mardi 1er avril, le ministre secrétaire général de la présidence de la République, le général Amara Camara, lisant un décret présidentiel.
Sous pression internationale, la junte, qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’Etat le 5 septembre 2021, s’était initialement engagée à organiser un référendum constitutionnel et à transférer le pouvoir à des civils élus avant la fin de 2024.
Le général Mamadi Doumbouya, à la tête de la junte, avait promis dans ses vœux du Nouvel An que 2025 serait une « année électorale cruciale pour parachever le retour à l’ordre constitutionnel », mais sans indication de calendrier. Des proches du chef de la junte poussent pour que M. Doumbouya soit candidat à la présidentielle, même si celui-ci a à de multiples reprises affirmé qu’il ne se présenterait pas.
La « charte de transition » établie par la junte peu après le coup d’Etat impose qu’aucun membre de la junte du gouvernement et responsable des institutions républicaines ne se présente aux élections. Mais l’adoption d’une nouvelle Constitution pourrait faire sauter ce verrou.
La Guinée est dirigée depuis son indépendance de la France, en 1958, par des régimes dictatoriaux qui n’ont pas réussi à enrayer la grande pauvreté de ses habitants malgré les énormes richesses que recèle le sous-sol de ce pays ouest-africain.
Grâce pour l’ex-dictateur Camara
L’annonce de la date du référendum constitutionnel a lieu quatre jours après la grâce accordée, le 28 mars, par le chef de la junte, pour « raison de santé », à l’ex-dictateur guinéen Moussa Dadis Camara. En juillet 2024, à l’issue d’un procès historique de près de deux ans, M. Camara, président entre 2008 et 2010, avait été condamné en première instance à vingt ans de prison pour crimes contre l’humanité, pour sa responsabilité de commandement lors du massacre du 28 septembre 2009 dans un stade de Conakry, alors qu’il était à la tête de la junte au pouvoir.
Ce jour-là, au moins 156 personnes avaient été tuées et des centaines d’autres blessées dans la répression d’un rassemblement de l’opposition, selon le rapport d’une commission d’enquête internationale mandatée par l’Organidation des Nations unies (ONU). Au moins 109 femmes avaient été violées.
« Cette décision devrait être annulée », a estimé, mardi, le porte-parole du Bureau des droits de l’homme de l’ONU, Seif Magango, dans un communiqué. La grâce constitue « un mépris pour les principes fondamentaux de justice, de responsabilité et de lutte contre l’impunité », a déclaré le secrétaire général de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), Drissa Traoré, membre du collectif représentant les parties civiles, dans un communiqué commun publié avec deux ONG guinéennes de défense des droits de l’homme.
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Le général Doumbouya avait annoncé, le 26 mars, la « prise en charge des frais d’indemnisation des victimes du massacre ».
L’opposition et la société civile guinéennes critiquent, par ailleurs, l’exercice de plus en plus autoritaire du pouvoir par la junte, régulièrement accusée de réprimer la liberté d’expression. Plusieurs opposants à la junte sont portés disparus. Des manifestations réclamant le départ des militaires sont régulièrement interdites et plusieurs médias ont été fermés dans le pays.
Les militaires ont officiellement fait de la lutte contre la corruption, réputée endémique en Guinée, un de leurs combats proclamés. Le général Doumbouya a assuré qu’il n’y aurait pas de « chasse aux sorcières » mais l’opposition dénonce l’instrumentalisation de la justice.