• Une Française contaminée par le hantavirus est hospitalisée en réanimation, et une vingtaine de cas contacts sont également pris en charge.
  • Aucun vaccin n’a été approuvé à ce stade contre ce pathogène à l’échelle mondiale, les cas restant circonscrits.
  • Des vaccins sont malgré tout déjà utilisés dans certains pays, mais avec une efficacité loin d’être convaincante.

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Hantavirus sur un navire de croisière : faut-il craindre une nouvelle crise sanitaire ?

Le gouvernement assure mettre tout en place pour « briser la chaîne de contamination ». Depuis le retour dimanche d’une passagère française du navire de croisière MV Hondius (nouvelle fenêtre), contaminée par l’hantavirus et hospitalisée en réanimation, 22 cas contacts sont surveillés de près en France. Ils sont « hospitalisés ou en cours d’hospitalisation et font l’objet d’un suivi sanitaire rigoureux », a déclaré la ministre de la Santé Stéphanie Rist ce mardi 12 mai en conférence de presse (nouvelle fenêtre), tout en écartant « une circulation diffuse du virus » dans le pays. Ce protocole strict vise malgré tout à empêcher toute propagation de ce pathogène connu mais dont les infections sont rares (nouvelle fenêtre), et contre lequel aucun vaccin n’a été approuvé à l’échelle mondiale. 

« Il n’existe aucun traitement antiviral ni vaccin homologué » contre cette pathologie, explique ainsi l’Organisation mondiale de la Santé sur son site (nouvelle fenêtre). Seule la prévention permet de lutter contre la diffusion de la maladie, en réduisant l’exposition aux rongeurs et en mettant en place des quarantaines, lorsque des cas sont repérés. Pour les patients, « la prise en charge repose donc essentiellement sur l’apaisement des symptômes (nouvelle fenêtre)« , explique le site (nouvelle fenêtre) de l’Inserm, avec des hospitalisations en soins intensifs dans les cas les plus graves.

Des recherches pas prioritaires

L’absence de vaccin approuvé à travers le monde n’a en réalité rien de surprenant. « Nous n’avons pas de vaccins contre tous les pathogènes qui existent sur Terre », explique à TF1info Jean-Daniel Lelièvre, professeur en immunologie à l’hôpital Henri-Mondor, à Créteil, et directeur de la recherche clinique au sein du Vaccine Research Institute (VRI). « Comme on est allé très vite pour mettre au point le vaccin contre le Covid-19, on a l’impression qu’il est simple d’en développer, mais cela coûte cher. Ce sont souvent des industriels qui le font, et il faut qu’il y ait un marché derrière. »

D’un point de vue « conceptuel », mettre au point un tel vaccin ne serait « pas si compliqué que cela », insiste l’expert. Certes, il existe une dizaine de sérotypes différents du hantavirus, dont la souche Andes identifiée sur le bateau (nouvelle fenêtre), présente en Amérique du Sud et qui provoque des infections graves. Il faudrait donc mettre au point différents vaccins, mais la tâche est loin d’être insurmontable. 

Reste que pour l’heure, si la recherche se penche sur le sujet depuis une vingtaine d’années, le nombre limité d’infections humaines n’a pas justifié jusqu’alors d’y consacrer un renfort de moyens, par rapport à d’autres pathologies bien plus virales. « Si on fait très attention, il n’y a pas forcément de risque important (nouvelle fenêtre). En revanche, si la transmission s’avère être plus large que celle qui était attendue, peut-être qu’on ira plus loin. Mais pour l’heure, ce serait investir beaucoup d’argent et d’efforts pour peu de choses », insiste l’immunologue, qui pointe « une question de priorités de santé publique et d’arbitrages »

Pragmatiquement, ce petit nombre de cas rend aussi la recherche plus délicate. « Il y a peu de prélèvements de patients disponibles, ni de réel modèle préclinique animal pour tester les vaccins », pointe Stéphane Paul, immunologiste au CHU de Saint-Étienne, chef d’équipe au Centre international de recherche en infectiologie (CIRI). « On ne retrouve pas non plus de corrélats de protection, c’est-à-dire des marqueurs biologiques associés aux personnes protégées ou qui ne font pas de formes sévères », ajoute l’expert. Autant d’informations précieuses pour mettre au point une inoculation efficace. 

Plusieurs pistes à l’étude malgré tout

Certains vaccins sont malgré tout déjà produits et utilisés dans le monde contre une autre souche d’hantavirus que celle des Andes (nouvelle fenêtre) : c’est le cas en Chine et en Corée du Sud, mais sans que leur efficacité à long terme ne soit prouvée. Il s’agit d’« un vaccin inactivé, mais qui fonctionne très peu qui est peu efficace et qui a priori ne devrait pas marcher contre Andes », a souligné lors de la conférence de presse ce mardi le virologue Olivier Schwartz, directeur de l’unité Virus et immunité de l’Institut Pasteur. 

« Il génère chez les personnes qui l’ont reçu des taux d’anticorps qui ne sont probablement pas assez suffisants pour neutraliser le virus », a-t-il développé. « En général, ces vaccins fonctionnent pour induire des anticorps, mais peu de réponse cellulaire, pourtant indispensable pour détruire les cellules infectées par des virus », complète Paul Stéphane.  

Pour autant, « il y a d’autres projets en phase clinique et préclinique », a ajouté Olivier Schwartz, des vaccins à base d’ARN messager (ARNm), la même technologie que celle parfois utilisée pour lutter contre le Covid-19 (nouvelle fenêtre), avec lesquels « on pourrait éventuellement aller vite ». « En cas de bouffée épidémique, c’est ce que l’on pourrait développer le plus rapidement. Mais ce ne sont pas forcément ceux qui vont induire une réponse immunitaire qui va durer le plus longtemps », tempère Jean-Daniel Lelièvre. À cela s’ajoute aussi la piste de vaccins recombinants qui s’appuient sur des vecteurs viraux, qui offrent quant à eux l’avantage d’être utilisables à la fois chez l’homme et l’animal… Tout dépend donc de la stratégie visée. 

En parallèle, des recherches sont menées sur des traitements, qui manquent aussi à l’appel. Parmi eux, l’immunothérapie est une « piste prometteuse » selon l’Inserm, et notamment les « anticorps monoclonaux », des anticorps fabriqués en laboratoire. Ils pourraient à la fois être utiles en prévention, administrés à des cas contacts, mais aussi en phase précoce de la maladie chez les patients. « Comme les cas d’hantavirus sont rares, cela permettrait d’aller très vite, sans avoir besoin de vacciner l’ensemble de la population », appuie Jean-Daniel Lelièvre. De quoi optimiser au mieux les efforts déployés et l’efficacité de la réponse. 

Maëlane LOAËC

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