Un tribunal de Hongkong a condamné, lundi 9 février, à une peine totale de vingt ans de prison l’ex-magnat des médias prodémocratie Jimmy Lai pour collusion avec l’étranger et publication séditieuse, malgré les pressions du Royaume-Uni, des Etats-Unis et des défenseurs des droits en faveur de sa libération. L’homme d’affaires encourait la prison à vie.
« Après avoir examiné la conduite criminelle grave de Lai (…) le tribunal a estimé que la peine totale infligée à Lai dans cette affaire devait être de vingt années d’emprisonnement », dit un document récapitulatif des juges produit lors d’une audience qui n’aura duré que quelques minutes.
Jimmy Lai, présent dans le box des accusés, est resté impassible lors de la lecture du jugement. Alors qu’il était emmené, il a salué d’un geste de la main, le visage grave, les personnes présentes dans le public, parmi lesquelles son épouse Teresa et d’anciens journalistes d’Apple Daily, le journal prodémocratie aujourd’hui fermé dont il était le fondateur.
Il avait été reconnu coupable le 15 décembre de trois chefs d’accusation, après un procès qui selon les défenseurs des droits humains marquait la fin de la liberté de la presse dont s’est longtemps enorgueilli le territoire rétrocédé par le Royaume-Uni à la Chine en 1997.
Le tribunal a englobé dans les vingt années d’emprisonnement deux années d’une peine déjà prononcée contre lui pour fraude, ce qui devrait signifier qu’il purgera de fait dix-huit années de plus. Les poursuites se fondaient sur la loi sur la sécurité nationale imposée par la Chine après les manifestations prodémocratie, parfois violentes, qui avaient secoué Hongkong en 2019.
Une « attaque de sang-froid contre la liberté d’expression »
Les faits présumés de collusion avec l’étranger étaient passibles de la prison à vie, ceux de publication séditieuse de deux ans de prison. Dans leur jugement de 856 pages prononcé le 15 décembre, les juges avaient écrit que l’ex-magnat de 78 ans avait « nourri sa rancœur et sa haine envers [la Chine] pendant une grande partie de sa vie d’adulte » et qu’il avait cherché à « renverser le Parti communiste chinois ». L’accusation présentait aussi M. Lai comme le cerveau de complots visant à des actes hostiles de la part de pays étrangers contre Hongkong ou la Chine, et à l’instauration de sanctions ou d’un blocus. Jimmy Lai avait plaidé non-coupable.
Il est emprisonné depuis 2020 et est maintenu à l’isolement, « à sa demande » selon les autorités, mais sa famille s’inquiète de sa santé chancelante. Jimmy Lai est détenteur d’un passeport britannique. Le Royaume-Uni a dénoncé le caractère « politique » du procès. Le premier ministre britannique Keir Starmer a dit avoir évoqué le dossier lors de sa visite en Chine fin janvier, au cours de ses entretiens avec le président chinois Xi Jinping. Le président américain Donald Trump a également dit souhaiter que son homologue chinois libère Jimmy Lai.
Les organisations de défense des droits humains ont exprimé leur consternation après sa condamnation lundi. « La peine de prison prononcée contre Jimmy Lai est une attaque de sang-froid contre la liberté d’expression qui illustre parfaitement le démantèlement systématique des droits qui, autrefois, caractérisaient Hongkong », a écrit Amnesty International dans un communiqué. « La lourde peine de vingt ans de prison infligée à Jimmy Lai, âgé de 78 ans, équivaut, de fait, à un arrêt de mort », a dit Human Rights Watch. Le procès de Jimmy Lai « n’a été qu’une mascarade du début à la fin », a déclaré de son côté le Comité pour la protection des journalistes (CPJ, New York).
Les autorités de Hongkong assurent que le cas de M. Lai n’a « rien à voir avec la liberté d’expression ou de la presse ». Pékin a dit soutenir « fermement » Hongkong dans « la défense de la sécurité nationale conformément à la loi et dans la répression des actes criminels qui mettent en danger la sécurité nationale ».









