Avec le mensonge de Volkswagen sur les émissions de ses véhicules diesel en 2015, la nécessité d’une reprise en main politique du dossier automobile est apparue comme évidente. Chacun fut obligé de convenir qu’à vouloir être trop « probusiness » la puissance publique avait réduit sa capacité de régulation à peu de chose. Après des années de « coconstruction » des politiques de l’automobile par les fabricants et par les directions compétentes de la Commission européenne (en réalité : des années de capture de la réglementation par les premiers), la décennie qui a suivi a été marquée par une méfiance croissante à l’égard des industriels. Le pouvoir politique osa imposer des limites aux émissions des véhicules ! Les constructeurs s’évertuèrent à les présenter comme inatteignables, mais le politique n’en eut cure.
Pour donner de la légitimité à leurs décisions, les autorités ouvrirent le cercle dans lequel s’élaborent les politiques publiques à d’autres parties prenantes. Les ONG environnementales, jadis marginalisées, eurent voix au chapitre. Au niveau européen comme au niveau national, une contre-expertise se structura et permit de documenter la décision publique sans que le dernier mot soit donné aux industriels, comme c’était auparavant le cas.
Vents contraires
Ce virage conduisit à une longue série de défaites du lobby des constructeurs automobiles, qui culmina avec l’adoption du règlement européen du 19 avril 2023 prohibant les immatriculations de véhicules thermiques à compter de 2035. C’est ainsi que fut pris le virage vers l’électrique. A l’instar d’un Carlos Tavares, jusqu’à la fin 2023, les industriels se déclarèrent, sinon convaincus, du moins engagés à réussir ce que l’on leur imposait. Le réchauffement climatique rendait nécessaire ce pari collectif.
C’est alors que les difficultés se multiplièrent. Une part significative du monde politique commença à présenter le véhicule électrique comme un symbole de la « déconnexion » des instances européennes, incapables, selon elle, de prendre en compte les réalités vécues par les entreprises et les citoyens. Trop cher, trop chinois, trop dépendant de batteries qu’on ne sait ni bien concevoir ni bien fabriquer, et nécessitant des matériaux stratégiques souvent problématiques…
Il vous reste 62.8% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.