- Des changements d’humeur, une déprime, une irritabilité ou une perte de libido autour de 50 ans peuvent cacher une baisse de testostérone.
- L’andropause, moins connue que la ménopause, peut être liée à ces symptômes.
- Il peut être nécessaire de faire une prise de sang pour évaluer le niveau de testostérone.
Irritabilité, déprime, perte de libido, fatigue et diminution de la tolérance au stress… Certains hommes peuvent ressentir ces symptômes après 55 ans. Il arrive qu’un homme devienne moins enthousiaste, moins présent, et il n’est pas rare d’associer ces signes à l’âge ou à la retraite. Ce changement d’humeur est parfois appelé « le syndrome du mâle irritable ». « Il est généralement décrit comme un ensemble de symptômes incluant irritabilité, colère, dépression, fatigue et diminution de la tolérance au stress, souvent attribués à des changements hormonaux, au stress chronique ou à des transitions de vie importantes »
, indique le thérapeute Mike Verano dans Psychology Today.
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Lorsque ces signes surviennent après 55 ans, ils peuvent cacher une chute de la testostérone. On parle alors d’andropause. Contrairement à la ménopause féminine, elle reste entourée d’un silence presque total. Or, le changement d’humeur, la tristesse, l’irritabilité et la perte de sens peuvent être des signes psychologiques de l’andropause, un sujet qui reste encore tabou dans la société. Le professeur et urologue François Desgrandchamps explique à TF1info l’impact de ces changements hormonaux sur l’humeur masculine.
Pas une maladie ou un diagnostic, mais un concept théorique
Est-ce que le « syndrome du mâle irritable » est un syndrome et un diagnostic psychologique reconnu ?
Il peut représenter la partie psychologique de l’andropause. Ce n’est pas un mode de révélation si fréquent. Chez l’homme, la baisse de testostérone est très progressive. Devant un homme irritable de 55 ans, on peut évoquer un manque de testostérone, mais ce n’est pas tellement spécifique et il faut surtout voir s’il y a des symptômes associés : avant tout des symptômes sexuels (perte de libido, difficultés érectiles), puis prise de poids, bouffées de chaleur, problèmes lipidiques ou perte de masse musculaire. Il y a tout un cortège de symptômes et, parmi eux, quelques signes psychologiques, plutôt du versant dépressif. La testostérone, c’est l’hormone du désir au sens large : l’envie de vivre. Il n’y a pas beaucoup de littérature sur ce « syndrome du mâle irritable ». Il ne faut pas le considérer comme une maladie ou un diagnostic, c’est plutôt un concept théorique.
Nommer ce syndrome sur ses aspects psychologiques, est-ce une manière de parler de l’andropause, qui reste un sujet très tabou ?
C’est intéressant comme accroche, car c’est une manière de dire qu’il y a des symptômes qui sont des manifestations peu fréquentes de l’andropause car d’ordinaire, c’est plutôt l’apathie. Cela permet de faire attention à son niveau d’hormones. L’andropause reste méconnue, y compris de beaucoup de médecins. Dans la ménopause, les œstrogènes disparaissent complètement. Dans l’andropause, la testostérone ne s’arrête pas : les testicules en produisent moins. Et surtout, avec l’âge, une protéine appelée SHBG, qui « capte » la testostérone, augmente. Cette chute de testostérone joue sur l’humeur qui devient plus triste et maussade, il a moins de joie de vivre.
Ces signes permettent d’alerter, de faire un bilan. Il faut que le patient puisse voir un médecin et faire une prise de sang pour savoir s’il manque ou non de testostérone. Même si aucun des signes de l’andropause n’est spécifique à un manque de testostérone, c’est l’association des symptômes qui l’est. Cela peut être un point d’entrée. Mais s’ajoute aussi l’ego masculin : les hommes supportent mal l’idée d’être diminués. Certains de mes patients hésitent même à consulter, car vouloir un traitement revient à admettre qu’ils « manquent » de quelque chose.
Si vous pleurez, si vous êtes hyper émotif, triste, sans envie et que vous avez l’impression que tout est foutu, il faut effectivement consulter
Si vous pleurez, si vous êtes hyper émotif, triste, sans envie et que vous avez l’impression que tout est foutu, il faut effectivement consulter
Pr François Desgrandchamps, urologue
Il peut y avoir une ligne très fine entre dépression et chute de testostérone ?
Absolument, et c’est le message clé. Si l’homme n’est pas gêné, il n’est pas nécessaire de traiter et ce n’est pas la peine de dépister l’andropause. Ce sont vraiment les symptômes qui vont aboutir à une supplémentation. Cependant, si vous pleurez, si vous êtes hyper émotif, triste, sans envie et que vous avez l’impression que tout est foutu, il faut effectivement consulter : voir un médecin généraliste ou un psychiatre, mais aussi vérifier le niveau de testostérone. Un homme dépressif va peut-être se voir prescrire un antidépresseur. Résultat : la libido s’effondre encore davantage et les érections disparaissent complètement. La spirale négative s’installe. Si l’on dose chez cet homme une testostérone basse et qu’on le supplémente, c’est reparti.









