De plus en plus de conducteurs prennent le risque de rouler sans assurance en France.
Deux automobilistes concernés témoignent auprès de TF1.
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Le 13H
« La maison, la voiture, la mutuelle… On n’est pas loin de 400 euros », estime une Lilloise interrogée par TF1 dans le reportage du JT visible en tête de cet article. Ce mercredi 26 mars, France Assureurs, principal organisme de représentation professionnelle des entreprises d’assurance, a dévoilé ce chiffre : la grêle, les tempêtes et les inondations ont coûté cinq milliards d’euros aux assureurs l’an dernier. Ce qui explique pourquoi leurs tarifs continuent d’augmenter. Et pourquoi de plus en plus de Français font le choix de s’en passer, en particulier pour leur voiture. Entre 2017 et 2023, le nombre de conducteurs sans assurance a augmenté de 395%, pour atteindre 680.000 automobilistes non assurés dans le pays.
L’un d’eux circule ainsi depuis plus de dix ans. « Déjà dans la vie, tout augmente. On doit payer plein de trucs, rien que les entretiens des voitures, donc si on ajoute l’assurance on n’a pas fini. C’est beaucoup d’argent. Surtout que nous, on gagne très peu », témoigne-t-il sous couvert d’anonymat, en étant pourtant bien conscient qu’il risque une amende de 750 euros et la saisie de son véhicule. « On va dire que les risques sont calculés, reprend ce jeune homme. On ne va pas rouler comme des fous. On va toujours mettre les ceintures et les clignotants. On ne va pas se faire contrôler bêtement, parce que si on s’arrête, on sait qu’on va se faire prendre la voiture et tout, donc on fait des refus d’obtempérer. » Un délit passible, lui, de deux ans d’emprisonnement et 15.000 euros d’amende, cumulable à celui du défaut d’assurance.
Dans beaucoup de situations, les conducteurs perdent leur permis et ne sont donc plus assurés, mais ils continuent d’utiliser leur véhicule, notamment pour aller travailler. C’est le cas de cet autre automobiliste, souhaitant lui aussi rester anonyme : « Le mien a été annulé en 2016 et du coup, je n’ai pas d’assurance depuis. Je ne peux pas faire sans ma voiture, ce n’est pas possible. Avec le travail, je suis obligé. Et puis le week-end, il faut bien sortir avec les enfants. » Ce conducteur vit à la campagne, où il n’y a pas de métro, pas de tramway et très peu de bus. Par ailleurs, il affirme être rarement contrôlé par la police, bien qu’il ait déjà eu à subir plusieurs amendes et même une saisie de son véhicule.
Pour rentrer dans les clous de la légalité, il lui faudrait repasser son permis. Mais il hésite, là encore à cause du prix… des tests à passer avant le code. « Un test psychotechnique, c’est 150 euros. Une visite médicale, 50 euros. Et après, il faut repayer le code, se réinscrire à l’auto-école, tout ça », insiste-t-il. Mais pour Me Antoine Regley, avocat au Barreau de Lille (Nord), l’aspect financier n’est pas la seule cause du phénomène : « Beaucoup disent que l’assurance, lorsque j’aurai besoin d’elle, elle ne sera pas là, ou alors elle va me dire que via tel alinéa du contrat, finalement, elle m’oppose une exclusion de garantie. Il y a une défiance très importante envers les assurances, que je vois et je ressens dans mes dossiers de victimes de la route. »
« Ça fait partie des dépenses obligatoires par mois. S’il nous arrive quelque chose, c’est important d’être assuré », considère pour sa part un autre Lillois au micro de TF1. Ce qu’appuie abondamment Éloïse Le Goff, directrice de la communication du Fonds de garantie des victimes, qui tient à rappeler les conséquences en cas de blessure d’un tiers : « C’est un risque inouï que ces personnes prennent. Le conducteur devra rembourser, parfois à vie, les sommes que le Fonds de garantie aura versées à la victime. » Des montants dépassant toujours très largement ce qu’il aurait fallu débourser pour souscrire un contrat d’assurance.