Un dernier clou a été enfoncé lundi 9 février sur le cercueil des libertés qui, longtemps, ont fait de Hongkong un territoire à part dans le monde chinois. Nommés par des autorités à la botte de Pékin, les juges ont retenu une peine particulièrement lourde, de vingt ans de prison, contre le militant prodémocratie et ancien magnat de la presse Jimmy Lai.
Pendant les deux ans qu’a duré son procès, une condamnation avait semblé inéluctable. La loi de sécurité nationale imposée il y a plus de cinq ans pour supprimer un mouvement de défiance contre le régime chinois faisait de lui une cible prioritaire. Il avait été d’ailleurs l’un des premiers arrêtés, en août 2020, un mois après l’instauration de ce nouveau régime liberticide.
Jimmy Lai est ainsi la victime la plus emblématique de cette reprise en main, le martyr de Hongkong. Jamais il n’a cherché à s’excuser pour ses critiques contre le régime, ni pour ses contacts avec des démocrates taïwanais ou des responsables américains. Fervent catholique, il semble s’être résolu à cette issue. Sa condamnation à deux décennies d’emprisonnement, à 78 ans, n’en vient pas moins lester encore davantage cette ville dont les citoyens mesurent chaque jour le peu de libertés politiques qu’il leur reste : sa presse a perdu sa qualité, ses librairies trop indépendantes ont fermé, ses professeurs d’université s’inquiètent des propos qu’ils tiennent en cours.
Ce sort est équivalent à celui réservé à certains dissidents de Chine continentale, preuve s’il en faut d’un nivellement par le bas de différences politiques héritées de l’histoire. L’avocat des droits humains Xu Zhiyong a été condamné à quatorze ans de prison en 2023, l’intellectuel ouïgour Ilham Tohti à la perpétuité en 2014, la journaliste citoyenne Zhang Zhan, qui avait osé publier depuis Wuhan des vidéos consacrées au nouveau coronavirus, au début de la pandémie, à deux peines successives de quatre ans d’emprisonnement.
Tous subissent un régime qui n’a cessé de se durcir sous la férule de Xi Jinping. Du point de vue de Pékin, l’opération est d’ailleurs une réussite à Hongkong. Après la rétrocession en 1997 de cette ancienne colonie britannique à la Chine, ses habitants ont pu croire un temps que le respect de ses traits distinctifs – liberté d’expression et de manifester, élections locales – pourrait servir de vitrine pour convaincre Taïwan de se laisser, elle aussi, convaincre d’un rapprochement avec la Chine continentale.
Sa mise au pas est devenue au contraire une démonstration de force. Depuis que Xi Jinping y a imposé la loi de sécurité nationale, ceux qui critiquaient sont soit partis à Londres ou à Taïwan, leurs voix étant rapidement démonétisées par l’exil, soit se sont résignés au silence.
Hongkong est stable, parce qu’elle est bâillonnée, et Xi Jinping y a gagné son pari d’une mise au pas impitoyable. La situation n’a pas dissuadé le premier ministre britannique, Keir Starmer, de se rendre à Pékin et à Shanghaï à la fin janvier, alors que Donald Trump pourrait effectuer une visite en avril.
Reste un très mince espoir : que les autorités chinoises permettent à M. Lai de partir, dans ce qui pourrait constituer un geste diplomatique à bas prix. Très peu y croient. Les dirigeants chinois considèrent qu’ils ont fait plier le président américain dans sa guerre commerciale au printemps 2025, constatent le marasme dans lequel s’empêtrent les Etats-Unis et les difficultés industrielles de l’Europe. Ils sont convaincus que plus personne ne peut désormais leur faire la leçon.









