Le sénateur Joël Guerriau a été condamné, mardi 27 janvier, à une peine de quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, avec mandat de dépôt différé, pour avoir lourdement drogué, en 2023, la députée Sandrine Josso afin de la violer. M. Guerriau a également été condamné à 5 000 euros de dommages et intérêts pour préjudice moral et une obligation de soin. Le mandat de dépôt différé n’a pas été assorti d’une exécution provisoire par le tribunal – le sénateur ne verra donc pas cette peine s’appliquer si il fait appel de cette condamnation.
Dans cette affaire souvent perçue comme un cas emblématique de soumission chimique, ce que nie le prévenu, « M. Guerriau a volontairement placé de la MDMA dans le verre de champagne qu’il a servi à Sandrine Josso », lors d’un dîner à son domicile, avait estimé le procureur Benjamin Coulon lors de son réquisitoire.
Le représentant du ministère public avait demandé au tribunal de prononcer un mandat de dépôt pour les trois ans de prison ferme, ainsi que cinq années d’inéligibilité et l’inscription au fichier des délinquants sexuels.
En tant que sénateur de 2011 à 2025, Joël Guerriau « a lui-même voté la loi du 3 août 2018 qui a créé le délit d’administration de substance nuisible en vue de commettre un viol ou une agression sexuelle », qui lui vaut d’encourir cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende, a relevé le procureur.
Pour calibrer ses réquisitions, le parquet a souligné le « caractère préparé, prémédité » des faits, « d’une gravité extrême », commis par « un sénateur de la République », astreint à « un devoir d’exemplarité ». Il a toutefois noté à sa décharge que Joël Guerriau, 68 ans, avait un casier judiciaire vierge et avait « donné une partie de sa vie au fonctionnement de la démocratie française », appelant le tribunal à trancher « dans l’ambivalence de ces faits, de cette personnalité ».
Forte intoxication
Lors de son interrogatoire lundi, Joël Guerriau a argué d’une rocambolesque inadvertance pour expliquer pourquoi une très forte dose de MDMA pure à 91,1 % était diluée dans la coupe de champagne qu’il a servie à son amie de dix ans, niant toute intentionnalité ou caractère sexuel.
En grande détresse, parlant et se tenant debout avec difficulté, persuadée qu’elle s’apprête à mourir tant son cœur bat à toute vitesse, Sandrine Josso avait quitté précipitamment le domicile de Joël Guerriau deux heures après y être arrivée, et avait été prise en charge par des collègues à l’Assemblée nationale.
A l’hôpital, où elle avait été transportée, les analyses toxicologiques ont révélé une forte intoxication de son corps à l’ecstasy. Associée à l’alcool, la MDMA peut provoquer des trous de mémoire. Sandrine Josso est aujourd’hui politiquement engagée contre le fléau de la soumission chimique.











