- Avec un nombre croissant de chauffeurs, les plateformes de VTC contrôlent de plus en plus l’activité de leurs conducteurs.
- La chasse aux partages de comptes entraîne régulièrement des sanctions.
- Ceux-ci doivent aussi affronter une concurrence rude, pour des revenus en baisse.
Ajoutez TF1info à vos sources sur Google
Des excès de vitesse, une mauvaise conduite et parfois un chauffeur qui ne correspond pas à la description fournie par l’application. Avec la hausse du nombre de chauffeurs VTC se multiplient également des plaintes sur leur comportement. Une passagère évoque ainsi des chauffeurs qui « sont mauvais, ne savent pas conduire. Il y en a, on se demande où ils ont eu leur permis »
, dans le reportage du 20H ci-dessus.
Derrière leur conduite parfois trop rapide, il y a la nécessité pour les chauffeurs d’enchaîner les courses pour faire face à un marché sous pression. La hausse du prix du diesel de près de 40% depuis le mois de février porte un coup à la profession, tout comme la concurrence grandissante : on n’en comptait que 47.000, contre plus de 71.000 en 2024.
Des journées à rallonge
Les conducteurs de VTC se retrouvent alors à enchaîner les courses pour que leur activité soit rentable. « Je vois des collègues qui travaillent pour certains 16, 17 heures par jour pour pas grand-chose »
, rapporte Yannick, qui a démarré il y a 3 ans avec sa propre voiture et travaille depuis comme chauffeur privé, pour des services personnalisés.
Les plateformes veillent pourtant à ce que leurs chauffeurs ne dépassent pas un certain nombre d’heures : l’application se coupe généralement au bout de 10 ou 12 heures de conduite par tranches de 24 heures. Mais ce blocage est facilement contourné, avec des méthodes qui comprennent des effets pervers.
La durée d’activité réelle difficile à contrôler
En effet, le temps d’attente entre deux courses n’est pas payé. Les conducteurs sont donc nombreux à s’inscrire sur plusieurs applications simultanément, afin de multiplier les chances d’être appelé. Au moins 3 chauffeurs sur 4 disent aujourd’hui travailler ainsi, d’autant que chaque application ne peut pas savoir combien d’heures un conducteur accumule au total.
Pour Yannick, cette situation est révélatrice d’un manque de formation des nouveaux arrivants dans le secteur : « On se retrouve avec des chauffeurs qui ont fait des formations bâclées, qui n’ont quasiment rien payé pour l’avoir. Il y en a beaucoup que je retrouve aujourd’hui qui ne savent pas faire un calcul de marge, qui ne savent pas faire un calcul de rentabilité, qui arrivent sur le terrain et se disent ‘Bon, je me connecte sur Uber, sur Bolt, et j’y vais’ et qui enchaînent les courses à 9 euros. »
La chasse aux partages de comptes
Les plateformes et les autorités font également la chasse aux partages de comptes de chauffeurs, pourtant interdits. Sur les réseaux sociaux et les sites d’annonces en ligne, certains chauffeurs proposent de sous-louer leur compte VTC pour 400 à 500 euros la semaine. Un passager peut alors se retrouver avec un chauffeur qui n’a ni carte professionnelle, ni formation, ce qui engendre parfois des drames. En janvier dernier, un chauffeur sans permis et non propriétaire d’un compte VTC s’était ainsi endormi au volant avant de s’encastrer dans la façade d’un café, tuant un homme de 33 ans et blessant ses passagers.
La police renforce les contrôles de chauffeurs VTC, et depuis cet été, les sanctions se sont alourdies : un chauffeur qui loue son compte risque la radiation, mais aussi des poursuites pour travail dissimulé, et jusqu’à 3 ans de prison.
De leur côté, les plateformes VTC sont aussi tenues d’effectuer des contrôles, et doivent vérifier physiquement les documents originaux des candidats, comme leur permis de conduire. Ils ont accès au registre ministériel, dans lequel ils rentrent le nom et le numéro de permis du chauffeur. Chez Uber, par exemple, ces documents sont redemandés chaque année.
Pour s’assurer que le titulaire du compte est bien au volant, l’application peut même lui demander à tout moment de s’identifier en lui montrant son visage. L’an dernier, 253 chauffeurs ont été exclus de cette plateforme pour avoir partagé leur compte avec une autre personne.
Laurene ROCHETEAU | Reportage : Jérôme GARRO, Florian LEGOIC et Corinne CHEVRETON