- Après un été 2026 exceptionnel, les grands glaciers des Alpes ont connu une fonte impressionnante ces derniers mois.
- Celui de la Mer de Glace a perdu, en moyenne, 3,6 mètres d’épaisseur cette année.
- C’est plus que le record historique de 2022.
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Canicule, vagues de chaleur, sécheresse, incendies… Un été 2026 de tous les dangers en France
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Les grands glaciers français victimes directes d’un été 2026 hors norme. Alors que la France a connu des canicules à répétition et des records de chaleur, les géants de glace des Alpes ont particulièrement souffert. Symbole de cette fonte alarmante pour ceux que l’on surnomme parfois les « châteaux d’eau » de l’Europe : la Mer de Glace, près de Chamonix (Haute-Savoie).
Cette année, le glacier a enregistré une perte moyenne d’épaisseur de 3,6 mètres. En le comparant aux autres années, on peut mesurer l’ampleur et l’accélération de la fonte : la perte moyenne annuelle était de 70 cm entre les années 90 et 2003, puis de 1,70 mètre entre 2003 et 2021 et de 2,70 mètres entre 2022 et 2026. En 2022, année record de fonte pour le glacier (nouvelle fenêtre), la perte s’était élevée à 3,5 mètres.
Une tendance retrouvée sur les autres grands glaciers étudiés en France : celui de l’Argentière (Haute-Savoie) affiche une perte d’épaisseur moyenne de 3,6 mètres (contre 3,9 en 2022) et celui de Gébroulaz (Savoie) de 2,5 mètres (contre 2,7 mètres en 2022). Les mesures pour le glacier Blanc (Hautes-Alpes) et celui de Saint-Sorlin (Savoie) ne seront connues, elles, que dans quelques jours, mais devraient suivre la même tendance.
Un hiver avec trop peu de neige et un été trop chaud
« Ce bilan prend en compte l’ensemble de l’année pour le glacier : l’hiver et l’été »
, détaille la glaciologue Delphine Six. Les géants des Alpes ont ainsi souffert en raison de deux éléments : des valeurs de neige dans les moyennes basses cet hiver et un été particulièrement chaud. « Contrairement à 2022, on a eu un printemps un peu moins chaud en altitude et cette année a enregistré
bien moins de dépôts de sable saharien
(nouvelle fenêtre) qu’il y a quatre ans, mais la fonte journalière sur les mois de juillet et août est bien plus importante »,
détaille l’enseignante-chercheuse à l’Institut des Géosciences de l’Environnement.
Une année 2026 qui montre une accélération du déclin de ces géants des Alpes, et principalement ceux de basse altitude comme la Mer de Glace de Chamonix. À son pied, aux alentours de 1900 mètres d’altitude, le glacier a même perdu jusqu’à 12 mètres par endroit.
« Ces grands glaciers affichent des valeurs extrêmement élevées parce qu’ils sont trop bas en altitude par rapport au climat actuel »,
analyse Delphine Six. Mais au-delà des chiffres de fonte, ce qui alerte les glaciologues, ce sont les conditions dans lesquelles ils arrivent chaque année au début de l’été : « Ce qui nous inquiète, c’est de voir que même à très haute altitude, les glaciers ne régénèrent pas leurs stocks d’année en année »,
détaille la spécialiste.
Car ces étendues sont normalement composées d’une zone d’accumulation, soit la partie supérieure où il reste, en temps normal, de la neige d’une année sur l’autre. Neige qui, en étant recouverte chaque hiver, se transforme en glace et permet au glacier de conserver, voire d’étendre sa masse.
« Un glacier doit son existence à cette zone d’accumulation qui doit être à l’équilibre, mais depuis 40 ans, ce n’est plus le cas et les ils accumulent moins que ce qu’ils perdent, y compris en haute et très haute altitude
, détaille Delphine Six. Ces dernières années, les vagues de chaleur montent en altitude ».
Le problème des pluies printanières
Ainsi, en 2026, sur une zone d’observation située à 4.400 mètres d’altitude, au pied du mont Blanc, des températures positives ont été régulièrement enregistrées cet été. Et sur des stations de plus basse altitude, autour de 2.700 et 2.400 mètres, « on n’a pas du tout eu de regel nocturne »,
pointe l’enseignante-chercheuse.
Autant d’éléments qui rendent de plus en plus précaire la situation des grands glaciers français (nouvelle fenêtre), d’autant que les scientifiques alertent sur une autre donnée : le régime des pluies au printemps. « On étudie particulièrement les précipitations printanières sous forme de pluie ou de neige et l’une des données que l’on craint pour l’avenir de nos glaciers, c’est si la neige de printemps se transforme en pluie… Cela va accélérer la fonte puisque la pluie la favorise »,
alerte Delphine Six.
D’autant que cette année 2026 n’est pas seulement catastrophique en France, les glaciers suisses ont également connu leur pire deuxième bilan annuel après 2022 et ont perdu près de 20% de leur volume en cinq ans.
Véritables sentinelles de l’état du changement climatique, les géants des montagnes souffrent particulièrement de la hausse des températures mondiales. D’autant que les régions montagneuses se réchauffent plus vite que la moyenne nationale : au cours du 20ᵉ siècle, la température a augmenté de 2°C dans les Alpes et les Pyrénées, contre +1,4°C dans le reste de la France.
Et à mesure que les glaciers reculent, les inquiétudes grandissent quant à la disponibilité future des ressources en eau. En Suisse, par exemple, entre juillet et septembre, les glaciers ont perdu au total environ 2.200 milliards de litres d’eau.