Depuis le début des Jeux paralympiques de Milan-Cortina, l’équipe de France de ski nordique n’était pas à la hauteur de ses ambitions, ratant les deux premières courses de biathlon. En deux jours, Benjamin Daviet et Karl Tabouret ont rectifié le tir avec les épreuves de ski de fond.
Au lendemain de la médaille de bronze du premier sur le sprint, son cadet, âgé de 22 ans, s’est emparé, mercredi 11 mars, de son premier titre paralympique lors du 10 km en style classique. La délégation française compte désormais trois médailles d’or, quatre médailles d’argent et deux de bronze.
Le Savoyard a devancé le Biélorusse Raman Svirydzenka, vainqueur hier du sprint, et le Canadien Mark Arendz. Ereinté après l’effort mais heureux, le Français a raconté sa course victorieuse : « La neige était très molle, mes yeux se fermaient à moitié et j’ai cru que j’allais tomber par moments. Finalement, j’ai tenu ma vitesse tout le long et sans craquer. »
Déçu de sa 12e place samedi lors du sprint en biathlon et de son élimination mardi en demi-finale du sprint en ski de fond, Karl Tabouret a réagi en maîtrisant parfaitement une course qu’il affectionne, dans un style classique qui est sa spécialité. Cet enfant d’Albertville, né dans cette ville olympique onze ans après les derniers Jeux d’hiver en France, réalise son rêve. « Hier, c’était compliqué. Aujourd’hui, j’avais envie de cette médaille. On a beaucoup parlé avec Benjamin [Daviet] et sa médaille m’a remis un coup de jus », a-t-il raconté. Son aîné n’était pas au départ mercredi. Comme il l’avait confié au Monde avant les Jeux : « Le style classique n’est pas une technique qui me correspond puisque je ne peux pas plier ma jambe. »
« Prendre un maximum d’expérience » pour 2030
Victime à la naissance du syndrome de Little, une forme de paralysie cérébrale qui entraîne des atteintes spastiques des membres inférieurs, Karl Tabouret découvre les pistes de ski de fond dès l’âge de 8 ans et pratique en parallèle le ski alpin. Dans un entretien à Sports en France, il raconte comment le sport à améliorer sa santé : « A la naissance, je ne suis pas sorti au bon moment. Cela a séché mes tendons au niveau des jambes, explique-t-il. Avant, j’étais plus touché. Je marchais sur la pointe des pieds. On peut dire que le ski de fond et le biathlon m’ont en quelque sorte sauvé. »
Au moment de privilégier une discipline lorsqu’il découvre le monde du handisport à 17 ans, il opte pour le ski nordique qui correspond, selon lui, mieux à son physique longiligne. Dès ses débuts, il remporte trois titres lors des Jeux paralympiques européens de la jeunesse 2020. Quatre ans plus tard, il participe au circuit senior de la Coupe du monde, où il compte déjà sept succès. Karl Tabouret est inspiré par son modèle, Benjamin Daviet, onze fois médaillé paralympique : « C’est comme un frère pour moi. On passe autant de temps ensemble qu’avec notre famille. »
L’année dernière, celui qui préfère le ski de fond au biathlon avait déjà brillé lors des championnats du monde en Norvège. En l’absence des redoutables Chinois, qui n’avaient pas fait le déplacement, mais aussi des Russes et des Biélorusses pas encore autorisés à concourir, le jeune Français avait décroché le titre lors du KO sprint et la deuxième place lors du 10 km classique.
Malgré son inexpérience paralympique, Karl Tabouret affichait son ambition dans un portrait du site équipedefrance.com : « Ce sont mes premiers Jeux, je ne peux pas arriver la fleur au fusil. » Il appréhende cette première paralympique comme un tremplin pour la suite, les Jeux à domicile en 2030 : « Je vise des médailles mais je suis aussi là pour prendre un maximum d’expérience pour faire encore mieux dans quatre ans. »
En attendant, Karl Tabouret possède une autre grande chance de médaille d’or. Samedi 14 mars, il sera aligné avec Benjamin Daviet et Anthony Chalençon, skieur malvoyant, lors du relais ouvert, 4 fois 2,5 km. Dans cette course qui mélange les handicaps, les genres et qui peut se courir à deux, trois ou quatre par équipes, l’équipe de France fera partie des prétendantes à la victoire.











