Les crises s’enchaînent, les rapports de force se durcissent ; la puissance, elle, se travaille dans la durée. La France l’a compris pour sa défense, en se dotant d’une loi de programmation militaire 2024-2030 [adoptée par le Parlement en juillet 2023] qui fixe un cap, des priorités et des moyens. Son action extérieure, en revanche, reste pilotée à court terme, au fil d’arbitrages successifs, sans cadre comparable. Alors que les débats sur le budget 2026 se poursuivent, ce décalage devient de plus en plus difficile à justifier.
Les crises récentes l’ont rappelé sans détour. A Gaza, pour préserver l’accès humanitaire. En Ukraine, pour structurer la cohésion politique du soutien face à l’agression armée. Au Soudan, pour protéger et évacuer des ressortissants sous les tirs. A l’échelle internationale, pour tenter de maintenir un agenda climatique fragilisé, dix ans après la COP21 [qui s’est tenue en décembre 2015 ]. D’une séquence à l’autre, la diplomatie française agit en continu, souvent dans l’urgence, toujours sous contrainte. Loin d’un rôle d’appoint, elle s’impose comme un instrument de sécurité du quotidien.
Ce rôle accru contraste avec les choix opérés par nos principaux partenaires. Sur deux décennies, l’Allemagne a doublé l’effort consenti à sa diplomatie. Le Royaume-Uni l’a renforcée après le Brexit. Le Japon, le Canada et l’Italie ont, chacun à leur rythme, investi pour soutenir leur présence internationale. Partout, la même lecture prévaut : face à des confrontations assumées, l’influence se construit par l’endurance. La singularité française n’est pas financière ; elle tient à l’absence d’une programmation diplomatique inscrite dans la durée.
C’est à cet endroit précis que se joue le rang. Investir dans sa diplomatie ne signifie pas être partout. Cela suppose, au contraire, d’assumer des choix. Décider où la France engage sa crédibilité, ses équipes et son temps long, et où elle accepte une présence plus limitée. Préférer la densité à la dispersion, l’influence là où elle compte à l’ubiquité symbolique. A défaut, l’éparpillement devient une vulnérabilité silencieuse : elle affaiblit l’expertise, réduit l’initiative et finit par transformer l’universalité en réflexe hérité, par inertie.
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