La Grèce, membre de l’OTAN, lance la refonte de son armée « la plus importante » de son histoire moderne à laquelle elle va consacrer quelque 25 milliards d’euros, a annoncé le premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, mercredi 2 mars, dans un contexte de défis grandissants pour la sécurité de l’Europe.
Devant le Parlement, le chef du gouvernement conservateur a insisté sur l’« environnement international incertain » dans lequel baigne ce pays méditerranéen voisin de la Turquie et qui est l’un des pays de l’OTAN qui consacrent plus de 3 % de son PIB à ses dépenses de défense. Cette vaste refonte est « la transformation la plus importante des forces armées dans l’histoire moderne du pays », a-t-il assuré. « De l’Arctique à la mer Égée, les équilibres se modifient », a insisté M. Mitsotakis devant les députés.
« Cela implique de nouveaux défis pour l’ensemble du continent européen (…) mais aussi pour des pays comme le nôtre », a-t-il ajouté, évoquant un pays « petit peut-être en superficie », mais, selon lui, « grand en importance et en dynamisme », en raison surtout de sa position géographique stratégique en Méditerranée orientale, aux frontières extérieures de l’Union européenne. Il a souligné la nécessité pour la Grèce de « rester forte, stable et indépendante, dans un monde qui change à un rythme imprévisible ».
Vingt avions de combat F-35 commandés
Le premier ministre conservateur n’a pas détaillé le calendrier de cette réforme, mais, selon des sources ministérielles, ces 25 milliards d’euros d’investissements doivent s’étaler d’ici à 2036.
La France, l’Allemagne et la Pologne ont récemment annoncé vouloir renforcer leurs armées au moment où la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a assuré que l’Union européenne devait augmenter significativement ses dépenses d’armement dans un contexte géopolitique tendu.
Outre l’acquisition de 20 avions de combat américains F-35, pour lesquels un accord a déjà été signé, Athènes veut renforcer son dôme antiaérien actuel avec des armes nouvelles, des drones navals et aériens, ou des radars.
Ce « bouclier d’Achille », comme l’a présenté M. Mitsotakis, doit renforcer la défense antimissile et antiaérienne ainsi que des systèmes antidrones. Athènes a déjà doublé son budget de la défense pour 2025 par rapport à 2024, en le portant à 6,13 milliards d’euros.
« La Grèce a servi et continuera de servir d’avant-poste pour l’Europe »
La Grèce, qui entretient des relations acrimonieuses avec son partenaire au sein de l’OTAN, la Turquie, est l’un des quatre pays de l’Alliance qui consacrent plus de 3 % de son PIB aux dépenses de défense, derrière la Pologne, l’Estonie et la Lettonie.
Newsletter
« A la une »
Chaque matin, parcourez l’essentiel de l’actualité du jour avec les derniers titres du « Monde »
S’inscrire
Située aux frontières extérieures de l’Union européenne, elle cherche ces dernières années à renforcer sa position géopolitique en Méditerranée orientale, proche des zones conflictuelles du Moyen-Orient.
« Historiquement, la Grèce a servi et continuera de servir d’avant-poste pour l’Europe, qui actuellement cherche à réorganiser sa défense dans une conjoncture internationale difficile », explique à l’AFP Maria Gavouneli, professeure de droit international à l’université d’Athènes.
Athènes a toujours justifié sa course aux armements par ses différends historiques avec Ankara, en particulier la délimitation de la zone exclusive économique (ZEE) en mer Egée qui sépare les deux voisins.
Une quatrième frégate sera construite
La réorganisation de l’armée s’avère « nécessaire », analyse également Maria Gavouneli, en raison des retards accumulés dans la modernisation de ses armements et munitions « durant la crise économique de la dernière décennie et le gel des dépenses publiques ». En novembre dernier, le ministre de la défense, Nikos Déndias, avait évoqué la prochaine acquisition de quatre systèmes de drones différents et le fusionnement des unités de l’armée.
Le pays a signé ces dernières années des accords en matière de défense avec la France, les Etats-Unis et Israël. Après une crise des relations gréco-turques en 2021, la Grèce avait signé avec la France un accord de coopération militaire en commandant 24 appareils Rafale et trois frégates de défense et d’intervention, baptisées Belharra à l’export, pour un montant total de plus de 5,5 milliards d’euros.
Une quatrième frégate sera construite dans les chantiers navals de Grèce, une valeur ajoutée pour le renforcement de l’industrie de défense du pays.