- Les Émirats arabes unis, le Qatar ou encore l’Arabie saoudite ont été touchés par des tirs de drones ou de missiles iraniens ces derniers jours.
- Un coup dur écornant l’image de ces richissimes pétromonarchies, qui ont fait de leur développement touristique une de leurs priorités.
- Les analystes anticipent déjà des dizaines de milliards de dollars de pertes pour les pays de la région.
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L’Iran attaqué par les États-Unis et Israël, le Moyen-Orient s’embrase
Des avions cloués au sol, des bateaux de croisière forcés de rester à des hôtels de luxe en feu… et des milliers de voyageurs bloqués sur place. Depuis le début de la guerre lancée le 28 février par Israël et les États-Unis contre l’Iran, les richissimes pétromonarchies du Golfe ont été embarquées malgré elles dans un conflit qu’elles auraient préféré éviter. En quelques jours, des centaines de drones et de missiles lancés par Téhéran ont ciblé les pays de la région. Si la grande majorité de ceux-ci ont été interceptés par leurs systèmes de défense anti-aérienne, quelques engins ont réussi à toucher certaines grandes villes, comme Doha, Abou Dhabi ou Riyad.
Les événements des derniers jours mettent à mal l’essor touristique de nombreux pays de la péninsule arabique. Incarnation de cette ambition ? Dubaï, devenue en quelques années une destination prisée, à la fois centre d’affaires, hub aérien entre l’Europe et l’Asie et nouveau paradis de la jet-set. La plus grande ville des Émirats arabes unis, réputée pour sa sécurité et son calme, n’a pas échappé aux frappes iraniennes. Sur place, de nombreux ressortissants étrangers, venus passer quelques jours de vacances, n’ont toujours pas pu être rapatriés vers leur nation d’origine, faute de vols disponibles.
Jusqu’à plus de 50 milliards de dollars de pertes anticipé
Pour Dubaï, 2026 s’annonçait pourtant sous les meilleurs auspices. L’an dernier, la ville avait accueilli 19,59 millions de visiteurs. Un chiffre record, en hausse de 5% par rapport à 2024. Mais, en quelques jours de conflit, la perspective de réaliser un meilleur résultat d’ici à fin décembre semble anéantie. L’ensemble des États de la région espère que le conflit ne s’éternisera pas pour limiter la casse dans le secteur touristique. « Plus la guerre dure, plus l’impact sera important
« , explique à TF1info Didier Arino, directeur général du réseau Protourisme. « Grosso modo, si ça dure quelques jours, quelques semaines, ils mettront six mois à s’en remettre. Si ça dure plus, là, forcément, ça sera plus impactant.
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Dans tous les cas, les économies des différentes pétromonarchies s’attendent à des pertes considérables dans le domaine. Dans un rapport (nouvelle fenêtre) publié mardi 3 mars, le cabinet de conseil Tourism Economics a estimé qu’une guerre d’une durée d’une à trois semaines engendrerait « une perte de 23 millions de visiteurs internationaux en 2026
» et un manque à gagner de 34 milliards de dollars (29,2 milliards d’euros) pour les pays du Moyen-Orient en matière touristique. Mais la facture pourrait être encore lourde si les hostilités se prolongeaient pendant un ou deux mois. La même étude anticipe alors dans ce cas une baisse de 38 millions de visiteurs au Moyen-Orient (nouvelle fenêtre) et des pertes économiques à hauteur de 56 milliards de dollars (48,1 milliards d’euros). Loin d’être impossible, au moment où le président américain Donald Trump a évoqué une opération américaine de « quatre semaines au moins
« . (nouvelle fenêtre)
Une image de sécurité « écornée »
Au-delà de ces projections pour les prochains mois, les pays du Golfe pourraient pâtir à long terme du souvenir laissé par ces récentes frappes dans la mémoire collective. Beaucoup d’entre eux « s’étaient construits sur une image de destination sûre, familiale, où il y a la sécurité des biens et des personnes
« , rappelle Didier Arino. « Forcément, ça écorne leur image.
» Plusieurs séquences des derniers jours risquent en effet de laisser des traces. Des débris de missiles et de drones, interceptés par les défenses émiraties, ont touché samedi une des tours les plus célèbres de la ville, le Burj al-Arab. Un incendie s’est alors propagé dans les premiers étages de l’hôtel, a rapporté l’AFP. Autre épisode impressionnant : ces explosions remarquées sur l’île artificielle The Palm, lieu prisé des ultra-riches dans la ville.
Ces pétromonarchies parviendront-elles à faire oublier toutes ces images peu rassurantes de l’esprit des touristes du monde entier ? Elles tentent en tout cas d’accompagner tant bien que mal les touristes aujourd’hui en difficulté. Les gouvernements des Émirats arabes unis et du Qatar se sont par exemple engagés à prendre en charge les frais de séjour additionnels pour les voyageurs coincés sur leur territoire en raison du conflit armé.
Les deux puissances, tout comme le Koweït, ont aussi assoupli leurs règles de visa pour éviter toute mésaventure administrative supplémentaire aux ressortissants étrangers. Ne pas s’effondrer sur le plan touristique est crucial pour ces États, tant ce secteur d’activité est une part essentielle dans leur développement. « Par leur attractivité touristique, le bien-vivre permis dans ces destinations, ils ont attiré un certain nombre d’investisseurs – des influenceurs par exemple
« , relève Didier Arino. « L’attractivité touristique génère de l’attractivité économique.
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Le Moyen-Orient, théâtre de ce nouveau conflit d’ampleur, ne devrait néanmoins pas être la seule partie du monde à souffrir de ces nouveaux tourments géopolitiques. Le climat d’incertitude pourrait un temps inciter les touristes à limiter les séjours trop lointains. Le contexte actuel « aura d’ores et déjà un impact sur les flux touristiques mondiaux
« , assure Didier Arino. « Quand il y a ce type de crise, les gens ont tendance à rester dans le périmètre qui leur semble le plus rassurant, c’est-à-dire les Asiatiques en Asie, les Européens en Europe, les Américains aux États-Unis.
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