Comment le pays possédant les plus vastes réserves prouvées de pétrole du continent africain en est-il venu à subir, de manière récurrente, des pénuries d’essence ? Le paradoxe libyen n’amuse guère Khalil Guetrani, 28 ans, employé d’une société publique de distribution de carburant. le 13 décembre 2025, il attend au volant de sa berline, coincée dans une file de plusieurs centaines de mètres, qu’un camion-citerne vienne ravitailler une station-service située au sud de Benghazi (Est libyen).
« Cette fois, les autorités affirment que les livraisons ont été retardées par le mauvais temps qui aurait empêché l’arrivée d’un pétrolier », s’agace-t-il. Certes, la Cyrénaïque a bien été balayée par la tempête ces derniers jours, mais l’homme n’est pas dupe : ce nouvel incident n’a rien de météorologique. Il est plutôt le énième symptôme de la profonde crise qui ronge le pays, où la spoliation des richesses pétrolières se poursuit au gré des luttes d’influence entre factions politico-militaires.
Sur le papier, la crise obéit à une équation simple : le pays dépense trop, et gagne trop peu. Deuxième producteur de pétrole africain, qui dispute régulièrement la première place au Nigeria, la Libye tire près de 97 % de ses recettes publiques de l’exportation de son brut. En 2025, ces ventes ont rapporté quelque 22 milliards de dollars (environ 18,6 milliards d’euros). Ces revenus, collectés par la National Oil Corporation – la compagnie d’Etat qui chapeaute la filière –, sont ensuite déposés à la Banque centrale de Libye. Mais les montants restent bien en deçà du potentiel réel du pays, miné par la mauvaise gestion, le détournement de cargaisons et, dans une moindre mesure, la vétusté de ses infrastructures.
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