C’est en pleine affaire Dreyfus, au moment du procès d’Emile Zola, en 1898, que fut fondée la Ligue des droits de l’homme (LDH). Dans les années 1930, c’est son président qui a œuvré à l’union des partis de gauche, syndicats et associations antifascistes, accompagnant l’élan qui aboutira au Front populaire. Aujourd’hui, cette même LDH dénonce les propos tenus, à Lyon, le 26 février, sur Jeffrey Epstein par Jean-Luc Mélenchon « pour leurs contenus conspirationniste et antisémite ». « Jouer sur les ressorts de l’antisémitisme, puis se placer dans le déni et la victimisation en accusant ceux qui dénoncent les propos d’être eux-mêmes antisémites, énonce-t-elle, c’est s’affranchir de toutes les valeurs de l’antiracisme et trahir celles du camp progressiste. »
Entre l’affaire Dreyfus et l’affaire Epstein, il y a évidemment bien peu à voir. L’une avait en son cœur un innocent, officier accusé de trahison par l’armée de son propre pays, condamné à tort. L’autre a pour centre un coupable, pédocriminel, milliardaire, homme de réseau, qui a largement échappé à la justice, et que personne ne songerait à défendre. Ces deux injustices, quoique diamétralement opposées, mettent au défi le camp progressiste de se positionner.
La gauche n’était pas alignée sur l’affaire Dreyfus avant l’intervention de Zola. Au XIXe siècle, l’antisémitisme est devenu une « sous-section de l’anticapitalisme », selon la formule de l’historien Michel Winock. Une partie des socialistes, notamment les guesdistes [partisans de Jules Guesde, 1845-1922], voyaient dans l’affaire Dreyfus un simple conflit entre fractions de la bourgeoisie. Jean Jaurès lui-même mit du temps à clarifier sa position. Il est utile de s’en souvenir : l’unité n’était pas acquise. Il a fallu le travail d’intellectuels, de journalistes, de magistrats pour que la raison l’emporte sur les passions antisémites, puis la volonté politique de Jaurès pour rassembler la gauche autour de la défense d’Alfred Dreyfus.
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