La journaliste Lorraine Rossignol se souvient très bien du moment où elle a basculé dans cette histoire. Début 2022, elle prépare un dossier à l’occasion des 60 ans des accords d’Evian, qui, signés le 18 mars 1962, ont mis fin à la guerre d’Algérie.
Plongée dans la documentation, la grande reporter au magazine Télérama (Groupe Le Monde), est intriguée par la mention de « camps » au détour d’une phrase : « Je n’avais jamais associé la guerre d’Algérie à l’existence de camps. Aux attentats et à l’usage de la torture, oui, mais aucunement à des camps. Plus je m’y intéressais et plus le récit d’une autre guerre, que je ne connaissais pas, a commencé à m’apparaître, dans toute sa dimension politique et stratégique. »
Quatre ans plus tard, son essai, Une tragédie occultée de la guerre d’Algérie. Les camps de regroupement, paru le 1er avril aux éditions Actes Sud, aspire à recoudre « les territoires épars » de cette histoire méconnue afin de contribuer à l’édification d’une mémoire collective.
Conditions sanitaires désastreuses
Entre 1954 et 1962, environ 2,3 millions d’Algériens, essentiellement des paysans, sont arrachés à leurs terres et à leurs moyens de subsistance pour être « regroupés » dans des camps. En les déplaçant, les autorités françaises cherchent à couper les combattants indépendantistes du Front de libération nationale de leur soutien logistique.
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