L’affaire est entendue : les élections municipales ne sont pas des élections comme les autres, dont on pourrait tirer des enseignements nationaux sans prendre de sérieuses précautions. Comme le soulignaient déjà les politistes Jean-Louis Briquet et Frédéric Sawicki à la fin des années 1980, le local « possède son épaisseur propre, sa dimension spécifique ». Il y a ainsi des villes qui votent à gauche aux élections nationales mais se tournent plutôt à droite lors des élections municipales – et réciproquement.
A un an de la prochaine présidentielle, il est cependant difficile de résister à la tentation de lire ces résultats à l’aune des rapports de force nationaux. Les responsables politiques ne s’y trompent pas : chacun s’efforce d’y déceler des signaux, d’y projeter des dynamiques, voire d’y construire un récit favorable à son camp. Les réactions des uns et des autres en témoignent : Gabriel Attal, président de Renaissance, met en avant un doublement du « nombre d’élus locaux » de son parti ; Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise (LFI), salue une « entrée fracassante » de son mouvement dans les conseils municipaux ; Bruno Retailleau, président des Républicains, affirme quant à lui que « la bataille a été gagnée ». Mais qu’en est-il réellement ?
La gauche, qui a relevé la tête lors des dernières municipales, en 2020, six ans après la « vague bleue » de 2014, pourra capitaliser sur le maintien à gauche de Paris, de Lyon et de Marseille, mais, au-delà, l’équation semble nettement plus délicate. Il y a d’abord le basculement de grandes villes historiquement ancrées à gauche, à l’image de Poitiers, de Besançon ou de Clermont-Ferrand. Mais il y a, surtout, les difficultés rencontrées en dehors des grandes agglomérations urbaines. Dans les villes petites et moyennes, la gauche municipale enregistre un recul inédit.
Les socialistes et communistes se retrouvent ainsi dans une situation plus fragile qu’il y a douze ans, sans que LFI ou Les Ecologistes viennent prendre le relais. Les bascules d’Aurillac, remportée par la droite dès le premier tour, du Creusot [Saône-et-Loire], de Cherbourg-en-Cotentin [Manche], toutes trois à gauche depuis les années 1970, et de Tulle, fief de François Hollande, en témoignent. A Brest [Finistère], où François Cuillandre était maire depuis 2001, la défaite a également une coloration particulière, tout comme à Vierzon [Cher], où le Parti communiste français cède la mairie à l’extrême droite.
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