L’annonce par le nouveau maire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko, d’un désarmement progressif de la police municipale, en commençant par le retrait du lanceur de balles de défense (LBD), dépasse de loin le cadre local. Elle met en lumière une interrogation devenue centrale : quel rôle, quels moyens et quelle doctrine pour nos polices municipales dans le paysage de la sécurité française ?
Depuis une dizaine d’années, ces forces ont connu une montée en puissance continue. La France compte aujourd’hui près de 28 500 policiers municipaux, contre environ 20 000 au milieu des années 2010. Leur équipement a suivi cette courbe : plus de 60 % d’entre eux portent désormais une arme à feu. Cette transformation s’est faite de manière pragmatique, sous la pression des attentes citoyennes et des réalités de terrain.
Le maire s’est ainsi imposé comme le pivot de la sécurité du quotidien. Cette évolution, autrefois marquée politiquement, s’est largement normalisée. De nombreuses municipalités, par-delà les clivages, ont renforcé leurs dispositifs locaux, faisant de la sécurité un enjeu territorial avant d’être un sujet strictement national.
C’est dans ce contexte que s’inscrit la décision du maire de Saint-Denis. Elle ne relève pas d’un simple ajustement technique, mais d’une orientation politique assumée : celle de repenser la police municipale en privilégiant une logique de proximité et de présence visible. Ce choix est légitime – une collectivité doit pouvoir définir sa doctrine –, mais il appelle une exigence de cohérence.
« Vide doctrinal »
Le retrait prioritaire du LBD, alors que le port de l’arme à feu est temporairement maintenu, interroge la gradation de la force. Dans toute doctrine opérationnelle, les armes intermédiaires sont le rempart nécessaire avant l’irréparable. En supprimant cet échelon, on risque de créer un « vide doctrinal » : l’agent se retrouve privé d’alternative crédible entre la parole et l’usage de la force létale dans des situations de tensions intermédiaires, pourtant les plus fréquentes.
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