La stratégie climatique européenne, fondée pour l’essentiel sur des réductions unilatérales d’émissions, devient politiquement, socialement et économiquement fragile. Elle concentre des coûts visibles au niveau national, tandis que les bénéfices climatiques dépendent des efforts des autres. Au début du mois de février, les commentaires du chancelier allemand, Friedrich Merz, de la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, et d’autres dirigeants, sur la révision ou le report du système d’échange de quotas d’émissions de l’Union européenne (UE) ont contribué à faire baisser le prix du carbone en Europe.
De l’autre côté de l’Atlantique, le président américain, Donald Trump, a finalisé l’abrogation des fondements scientifiques et légaux qui sous-tendent la réglementation fédérale sur les gaz à effet de serre. Partout, le soutien du public à une politique climatique ambitieuse vacille. En matière climatique, l’égoïsme peut se révéler plus contagieux que l’altruisme.
En tant qu’économistes européens et américaine, nous pensons que la bonne réponse à ces pressions consiste à réorienter la politique climatique européenne, qui était axée sur sa propre empreinte carbone, vers la promotion de la coopération internationale. La coopération climatique peut réduire considérablement les coûts liés au désavantage concurrentiel des industries nationales, tout en augmentant considérablement l’efficacité des mesures climatiques.
Certaines politiques ont fonctionné. Lancé en 2005, le marché de permis d’émission SEQE, qui couvre environ 40 % des émissions de l’UE, a divisé presque par deux les émissions de nos industriels. Le mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières (MACF) est une innovation récente et cruciale, qui peut favoriser la coopération. En effet, les pays exportateurs vers l’UE se rendent de plus en plus compte qu’il est plus judicieux de fixer le prix du carbone chez eux que de reverser les revenus du carbone à l’Europe. A ce jour, le MACF semble favoriser la coopération : la part des émissions industrielles mondiales couvertes par les prix du carbone a fortement augmenté en 2025. De plus, l’Australie, le Royaume-Uni, le Canada et la Turquie développent leurs propres ajustements aux frontières. Cette dynamique climatique vertueuse est bien lancée. Il a fallu un capital politique important en Europe pour le mettre en mouvement, mais nous en tirerons les fruits dans les années à venir si nous parvenons à l’entretenir efficacement.
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