Borys Filatov sourit. « Je ne fais jamais de plan au-delà d’une semaine », dit-il. En ce jour d’hiver, le maire de Dnipro (Ukraine) constate que le front se rapproche et, de fait, les attaques de missiles et de drones. Impuissant mais pas ébranlé, il sait que la conquête de sa ville serait, en cas de nouvelle offensive, un objectif prioritaire pour l’armée russe, et constituerait un véritable tournant dans la guerre. Située au « carrefour des trois fronts » comme il dit, moins connue, moins aimée peut-être que Kiev, Kharkiv ou Odessa, Dnipro est au cœur de la guerre en Ukraine.
Carrefour militaire, logistique et humanitaire, la ville est posée à cheval sur le fleuve Dniepr, comme Kiev. Elle est la porte du sud, vers Zaporijia, et de l’est, vers ce Donbass où les combats font rage. Depuis son offensive, qui dure depuis un an et demi, contre la ville de Pokrovsk, qu’elle n’est toujours pas parvenue à conquérir, l’armée russe avance, depuis l’été 2025, jusqu’à la région de Dnipropetrovsk, où elle s’est emparée de quelques villages. « Nous savions que cela allait arriver, mais ce n’est pas agréable, admet le maire. Pour Moscou, c’est une borne symbolique. » Au rythme où elle progresse, l’armée russe est encore loin de Dnipro, mais chacun mesure à quel point la cité industrielle constitue une cible de choix.
Dnipro est une ville étrange, un peu en mal d’identité. Elle n’est ni l’invincible capitale, Kiev, qui s’est levée devant les chars russes aux premières heures de l’invasion du 24 février 2022, et a sauvé l’existence de l’Etat ukrainien tel qu’il existe aujourd’hui ; ni la vibrante Kharkiv, devenue un symbole de résistance ; ni l’indolente Odessa, qui déchaîne des passions contradictoires et dont le nom est célèbre dans le monde entier ; ni la charmante Lviv, pionnière de l’identité nationale, devenue une sorte de capitale bis, à la frontière de l’Europe, quand les Kiéviens voulaient mettre leurs familles à l’abri.
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