Les lumières fines de Bertrand Couderc effleurent le plateau. De hautes colonnes postées en sentinelles de part et d’autre d’une estrade surélevée ; des moucharabiehs qui descendent et remontent des cintres avant même qu’un mot n’ait été prononcé. Ces clins d’œil de la scénographie conçue par Eric Ruf sonnent le rappel : c’est ici, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, sur une scène nue destinée à devenir place publique, palais du roi et maison de Chimène, que va se tenir la représentation du Cid, tragi-comédie de Corneille (1606-1684) mise en scène par Denis Podalydès et interprétée par la troupe de la Comédie-Française.
Un événement pour lequel il faut s’armer de volonté : ne sont disponibles que des places de dernière minute vendues sur place une heure avant le début des représentations. Mais le jeu en vaut la chandelle. Car s’il y a bien un mythe du XVIIe siècle qui mérite d’être entendu aujourd’hui, c’est ce brûlot conflictuel où les passions de la jeunesse frôlent une dangereuse radicalité.
Quoi de plus bouleversant que l’amour fou de Chimène et Rodrigue et quoi de plus suicidaire (et absurde) que l’acharnement qu’ils mettent l’un et l’autre à se perdre. La première veut tuer ou faire tuer le second (qui a assassiné son père), le second offre son cou dénudé à l’épée qu’elle brandit. Ambiguïté coquine d’une séquence dont la charge érotique habilement suggérée par les comédiens incite à un peu de légèreté : il est permis de rire face au chef-d’œuvre de Corneille.
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