Le printemps est de retour et avec lui les fraîcheurs matinales. C’est l’histoire d’un petit garçon de 6 ans, en bonne santé, qui présente une rougeur du bord libre des deux oreilles accompagnée de multiples boutons blancs surélevés (papules) et de vésicules (petites bulles). Ces symptômes sont apparus au printemps lors du premier week-end de la saison de baseball. L’enfant n’a pas de fièvre, de douleur ou de démangeaisons. C’est la première fois qu’il présente de tels symptômes. Quand il jouait au baseball, il portait une casquette et avait appliqué une crème solaire sur son visage et ses oreilles.
Ce garçonnet présente ce que l’on appelle une photodermatose printanière juvénile (ou éruption printanière des oreilles). Cette pathologie est déclenchée par une exposition solaire lors d’un froid printanier et touche les oreilles, plus rarement le dos des mains et des avant-bras. Ce jeune patient a connu une récidive au cours du printemps suivant, là encore après le premier week-end de l’entraînement de baseball. Ce cas a été rapporté en février 2025 par des pédiatres et dermatologues de la faculté de médecine de l’université Washington de Seattle dans The Journal of Pediatrics.
Exposition solaire lors d’un froid matin printanier ensoleillé
Ce syndrome affecte typiquement les enfants de 5 à 12 ans lors des journées ensoleillées et froides de printemps. Il débute dans les heures suivant l’exposition à un soleil intense par de
légères démangeaisons (prurit discret), puis apparaissent des papules vésiculo-croûteuses, voire de petites vésicules, au niveau de l’hélix, qui désigne le bord externe et supérieur du pavillon de l’oreille.
Une étude néo-zélandaise estime que ce syndrome affecte 6,7 % des enfants d’âge scolaire. Il survient chez l’enfant ou l’adulte jeune, le plus souvent de sexe masculin. Il a été suggéré que cela pourrait être dû au fait que les oreilles des garçons sont plus exposées en raison de coupes de cheveux plus courtes.
Un diagnostic clinique
Le diagnostic de la photodermatose printanière juvénile est clinique et ne nécessite aucun examen complémentaire.
Cette affection indolore est presque exclusivement limitée aux oreilles malgré l’exposition au soleil sur d’autres zones du corps. Elle peut parfois ne toucher qu’une seule oreille. Il importe alors de la distinguer d’un eczéma aigu, d’un herpès de l’hélix, voire d’un impétigo (infection cutanée bactérienne due à un staphylocoque ou un streptocoque).
Les formes bilatérales ne doivent pas être prises pour un érythème polymorphe, réaction inflammatoire généralement provoquée par une infection, typiquement au virus herpès simplex. Cette affection ne doit pas non plus être confondue avec une urticaire solaire,
qui survient seulement quelques minutes après l’exposition au soleil et ne dure que quelques heures.
Évolution vers la guérison sans séquelle en une à deux semaines
Les mécanismes physiopathologiques responsables de la photodermatose printanière juvénile sont inconnus. L’évolution est spontanément favorable en une à deux semaines, ne laissant pas de cicatrice. Aucun examen complémentaire n’est nécessaire. Des récidives peuvent se produire au printemps suivant.
Plusieurs épidémies de photodermatose printanière juvénile ont été rapportées ces dernières années dans la littérature médicale chez de jeunes soldats. Dans un tel contexte, la survenue de ce syndrome, déclenché par une exposition solaire lors d’un froid matin printanier, est favorisée par le port de cheveux courts dégageant les oreilles.
La photodermatose printanière juvénile a été décrite pour la première fois par le dermatologue suisse W. Burckhardt en 1942, principalement chez des enfants d’âge scolaire qui avaient été
exposés au soleil printanier pendant plusieurs jours en Allemagne. Depuis, peu d’articles ont été publiés sur le sujet.
Épidémies parmi le personnel militaire
En 2024, des médecins militaires français ont rapporté dans la revue Military Medicine la survenue de ce syndrome touchant un groupe de dix-huit individus et deux autres cas isolés chez des soldats du camp de Valdahon (Haut-Doubs), située à une altitude de 638 mètres.
Cette flambée épidémique est survenue en mars 2021 après un exercice en plein air lors d’un entraînement. « Les conditions météorologiques des jours précédant les premiers
symptômes étaient caractérisées par une alternance de journées très ensoleillées avec des
températures allant de −1,5 °C à 15,2 °C », précisent le major Jordan Lachaux, le médecin général Pierre-Eric Schwartzbrod et ses collègues des centres médicaux des armées de Longvic (Côte-d’Or) et Valdahon (Doubs), en association avec ceux de l’École du Val-de-Grâce et de l’École militaire de santé de Lyon-Bron.
Ces cas groupés ont concerné 18 militaires de deux pelotons, chacun composé de 53 individus âgés de 18 à 27 ans. Ces soldats, dont une femme, ont présenté le même jour des lésions cutanées des oreilles. « Le règlement vestimentaire de l’armée française impose aux femmes d’avoir les cheveux attachés, par exemple en chignon court. De fait, les oreilles du personnel féminin semblent être aussi exposées au soleil que celles du personnel masculin », soulignent les auteurs de l’article.
Le patient de 27 ans représente le cas de photodermatose printanière juvénile le plus âgé rapporté dans la littérature médicale. Aucune épidémie n’a été signalée parmi les adultes en dehors du personnel militaire.
Chez 17 des 18 patients, les symptômes touchaient les deux oreilles. Une cicatrisation complète, sans cicatrice, a été observée dans tous les cas dans un délai de 7 à 19 jours.
Concernant les deux autres cas isolés, le premier est survenu chez un soldat de 18 ans qui a présenté une atteinte des deux oreilles caractérisée par des papules rouges associée à un prurit. Un nettoyage au savon doux et l’application locale de corticoïdes ont été prescrits. Les lésions ont évolué vers une phase croûteuse, suivie d’une guérison complète sans cicatrice en 7 jours. L’éruption cutanée est survenue après une exposition prolongée à l’extérieur. Les conditions météorologiques étaient caractérisées par des journées ensoleillées avec des températures comprises entre −4,5 °C et 29 °C.
Le second cas sporadique concerne un homme de 18 ans qui a présenté une éruption érythémateuse-vésiculaire prurigineuse avec des cloques affectant les deux hélix. Aucun examen complémentaire n’a été réalisé. Son état s’est amélioré en 8 jours grâce à un simple nettoyage au savon doux et à l’application de corticoïdes en pommade.
Au total, sur les vingt cas recensés dans ce camp militaire, seuls deux présentaient des lésions de photodermatose printanière juvénile siégeant également ailleurs que sur les oreilles : sur le dos des deux mains, pour l’un, et sur le nez, pour l’autre, une localisation encore jamais rapportée pour ce syndrome.
On ignore si certains phototypes sont plus souvent associés à la photodermatose printanière juvénile. Concernant le type de peau des vingt militaires de la base de Valdahon, les auteurs indiquent avoir observé une proportion significative de patients ayant un phototype III (peau claire, qui brûle parfois légèrement, bronze progressivement) ou IV (peau mate, qui ne brûle que très légèrement, bronze facilement). Dans une autre étude, qui ne portait que sur quatre cas survenus en Grèce, tous les patients avaient un phototype III.
En mars 2020, des médecins turcs ont décrit 58 cas de photodermatose printanière juvénile chez des soldats d’une même base militaire. Auparavant, quatre épidémies avaient été rpportées sur un total de 99 soldats âgés de 18 à 25 ans. Elles étaient toutes survenues après exposition à l’extérieur, par temps froid et ensoleillé, chez des jeunes adultes portant des cheveux courts.
Pour en savoir plus :
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