On avait tort de rire de la volonté de Donald Trump de renommer le golfe du Mexique du nom de l’Amérique dès son retour à la Maison Blanche, il y a moins d’un an. L’attaque de l’armée américaine à Caracas, au Venezuela, dans la nuit du 2 au 3 janvier, et la capture de Nicolas Maduro montrent que Washington revendique désormais tous les droits dans ce qu’il considère comme son arrière-cour.
Avec cette opération, justifiée par l’accusation fumeuse de « narcoterrorisme », les Etats-Unis infligent au continent américain un bond en arrière de plus d’un siècle, la superpuissance militaire en plus. En mentionnant avec une insistance embarrassante le pétrole vénézuélien lors de la conférence de presse tenue dans les heures qui ont suivi le coup de force de Washington, Donald Trump a tenu à souligner que ce nouvel impérialisme américain est tout aussi prédateur que celui du passé.
Nicolas Maduro n’a pas peu contribué à cette situation. En se maintenant par tous les moyens au pouvoir, y compris par la terreur, après avoir manifestement perdu l’élection présidentielle de 2024, il s’était dépouillé de ce qu’il lui restait de légitimité populaire. A l’origine d’une vague migratoire qui a touché l’ensemble du continent américain, son bilan catastrophique à la tête d’un pays riche en hydrocarbures mais appauvri par une idéologie stérile, l’incompétence, la violence et la corruption plaidait depuis longtemps pour son départ.
Démocratie martyrisée
La brutalité d’un pouvoir, cependant, ne peut pas tout permettre. A moins de refuser d’en mesurer toutes les conséquences, personne ne peut se satisfaire d’une telle éviction par la force. La première concerne évidemment les Vénézuéliens, qui ont appris le 3 janvier que Washington entendait désormais diriger leur pays sans leur demander leur avis et pour une période indéterminée. Les intérêts des Etats-Unis, tels que Donald Trump les conçoit, l’emportent sur la volonté populaire vénézuélienne, la souveraineté du pays et le souci de faire renaître une démocratie martyrisée par des années de dictature. Autant de préoccupations essentielles qui passent toutes, à ses yeux, après les compagnies pétrolières américaines.
Le droit est l’autre victime collatérale de l’opération américaine. Il ne s’agit pas seulement des lambeaux du droit international qui devait préserver le monde contre une loi de la jungle imposée par de grands carnassiers. Donald Trump piétine tout autant la Constitution des Etats-Unis, qui dispose que seul le Congrès peut déclarer la guerre.
Tenter de présenter un plan de changement de régime comme une simple opération de police, afin de déférer un suspect devant les tribunaux américains, ne peut satisfaire que ceux qui se fichent comme d’une guigne de la loi américaine. C’est manifestement le cas du secrétaire d’Etat, Marco Rubio, pourtant ancien sénateur. En 2003, au moins, les Etats-Unis de George W. Bush avaient envahi l’Irak sans mandat international mais après le vote d’une autorisation d’usage de la force par les élus du Congrès.
Ce précédent rappelle ce que peuvent provoquer des interventions brutales, dépourvues de légitimité internationale, dans des pays fragilisés par un pouvoir autoritaire. Il faut être armé d’un solide optimisme pour imaginer qu’une administration à ce point aveuglée par l’idéologie impérialiste et l’esprit de rapine s’est préparée à toutes les éventualités au Venezuela.
L’invasion de l’Irak, faut-il le rappeler, avait constitué le premier coup de boutoir contre l’ordre international que les Etats-Unis avaient mis en place au sortir de la seconde guerre mondiale. Cet ordre avait pourtant servi leurs intérêts sans piétiner de grands principes universels en instaurant une régulation, certes imparfaite mais indispensable, des relations internationales. Vladimir Poutine s’est par la suite engouffré dans cette brèche en Géorgie comme en Ukraine, semant la mort et la destruction.
Si le précédent de Caracas fait école, ceux qui veulent trouver des vertus au marteau américain, en négligeant ses périls, regretteront amèrement leur complaisance lorsque leurs propres intérêts seront à leur tour, et tout aussi arbitrairement, réduits en poussière.










