Il porte des costumes de marque, parfaitement taillés, et un éternel rictus satisfait. Dans sa banque d’investissement grouillant de clones aux mêmes cheveux gominés et mâchoires carrées, Patrick Bateman déambule, assuré, Walkman aux oreilles. Le soir, il assassine des femmes dans son moderne appartement new-yorkais. L’antihéros psychopathe du roman de Bret Easton Ellis American Psycho (Picador, 1991, publié en France par 10/18 en 2005), adapté au cinéma en 2000 sous les traits de l’acteur Christian Bale, incarne une forme d’idéal masculin repris depuis quelques années par un pan de la communauté masculiniste en ligne. Riche et impitoyable, Patrick Bateman pourrait être associé à la figure du shark (« requin »).
Loin de toujours désigner des serial killers (tueurs en série), le terme shark, courant dans les couloirs des formations françaises en finance, désigne celui qui sera prêt à tout pour réussir. « Carriériste », « immoral », « ambitieux », « égoïste », « charismatique »… lorsqu’il s’agit de caractériser un shark, les étudiants de grandes écoles ne manquent pas d’inspiration. Quoi qu’il en soit, en filant la métaphore animalière, le shark est un prédateur. « Celui qui bouffe les autres pour grimper », résume un aspirant analyste en banque d’affaires.
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