Le sommeil est souvent réduit à une simple question de santé individuelle. Pourtant, il représente bien plus qu’un temps de repos : c’est un investissement, un facteur de productivité et un bien à composante de bien public qui influence toute la société. Les économistes se sont emparés récemment de ces questions.
Une économie fatiguée, où les travailleurs commettent davantage d’erreurs, les étudiants peinent à apprendre et les conducteurs s’endorment au volant, engendre des coûts colossaux pour les systèmes de santé et d’assurance. Le sommeil n’est pas seulement une variable individuelle, mais aussi un levier macroéconomique.
A l’instar du psychiatre du sommeil Pierre Philip, des chercheurs ont montré que la privation de sommeil altère la prise de décision, la mémoire et la vigilance, avec des conséquences directes sur la productivité et la sécurité publique. Des économistes, parmi lesquels Matthew Gibson et Jeffrey Shrader, modélisent quant à eux le sommeil comme un capital humain, au même titre que l’éducation.
A l’échelle individuelle, le sommeil fonctionne comme un capital : il s’accumule avec des nuits réparatrices et se déprécie avec la fatigue. Dormir, c’est renoncer à une consommation immédiate (loisirs, travail) pour un gain futur. Cependant, contrairement à l’épargne financière, le sommeil ne se stocke pas indéfiniment : il faut investir chaque nuit. Cette limite physiologique n’empêche pas de considérer le sommeil comme un investissement en capital humain, en santé ou en productivité. Une heure de sommeil supplémentaire par nuit augmenterait les revenus annuels de 4 % à 5 %, un rendement comparable à une année d’études supérieures.
Des espaces de sieste
Certaines entreprises, comme Renault ou Adidas, ont aménagé des espaces de sieste pour leurs salariés, améliorant ainsi la performance cognitive et l’attention. Une revue systématique montre que des siestes courtes améliorent significativement la performance cognitive, l’attention et l’état d’alerte chez des adultes actifs. Le sommeil, bien qu’individuel, a des effets qui dépassent largement la sphère privée.
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