Que cache le « trouble » manifesté par François Bayrou en apprenant la condamnation de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics, le 31 mars ? Les jours suivants ont permis de constater que les affres du premier ministre face à cette décision « inimaginable » sont largement partagées. Alors que des dizaines d’élus ont déjà fait les frais de ce type de condamnation (l’inéligibilité avec exécution provisoire), une partie de la classe politique s’offusque, au lendemain du jugement du tribunal correctionnel de Paris, que les juges puissent rendre un élu inéligible immédiatement. « La décision de destituer un élu devrait revenir au peuple », a estimé le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. « Si la loi va trop loin, le législateur doit pouvoir la corriger », a proposé le président du Sénat, Gérard Larcher. Tandis que le président du groupe UDR à l’Assemblée nationale, Eric Ciotti, allié de Marine Le Pen, a décidé de la « supprimer ».
Comme si l’inéligibilité immédiate était la goutte d’eau qui fait déborder le vase, une partie de la classe politique, dans « un réflexe corporatiste », se cabre, observe le politologue Rémi Lefebvre : « Ils disent : “On a tous fait ça” [l’emploi d’assistants parlementaires pour servir les intérêts du parti], ils ont le sentiment que ça va trop loin dans l’acharnement contre les politiques, que la coupe est pleine. » Le cas de Brigitte Barèges, ex-maire (UMP) de Montauban, condamnée, en février 2021, pour détournement de fonds publics à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, et relaxée en appel dix mois plus tard, alors qu’elle avait été démise de ses mandats locaux, a heurté ces élus.
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