Triste jour pour le Washington Post. En difficulté depuis des années, le prestigieux quotidien américain, propriété du milliardaire Jeff Bezos, a commencé à procéder, mercredi 4 février, à un vaste plan de licenciements au sein de sa rédaction, selon l’Agence France Presse (AFP) qui cite des sources concordantes. Le nombre total de suppression de postes n’est pas connu dans l’immédiat mais les médias américains parlent d’un tiers des effectifs concernés.
« J’ai été renvoyée aujourd’hui par le Washington Post », écrit mercredi sur X Marissa J. Lang, qui couvrait les entreprises locales, et se dit « fière » du travail accompli. « Mon poste au Washington Post vient d’être supprimé, tout comme l’ensemble de la section Livres, la majeure partie de la section Sports, Post Reports [le podcast quotidien du journal] et bien d’autres encore », a également affirmé, sur le même réseau social, Lili Loofbourow, critique télé. « Toute l’équipe » qui couvre le Moyen-Orient, ainsi que « la plupart » des correspondants à l’étranger, vont également perdre leur emploi, a affirmé à l’AFP l’une des personnes touchées.
« Le Washington Post prend aujourd’hui une série de mesures difficiles mais décisives pour notre avenir, qui se traduisent par une restructuration importante de l’ensemble de l’entreprise », a déclaré un porte-parole du « WaPo » dans un communiqué. « Ces mesures visent à renforcer notre assise et à nous concentrer davantage sur la production d’un journalisme distinctif qui distingue le Post et, surtout, qui captive nos clients. »
« Renforcer notre assise »
L’annonce a fait l’effet d’une déflagration. « On ne peut pas vider une rédaction de sa substance sans conséquences sur sa crédibilité, son influence et son avenir », a dénoncé le Post Guild, le syndicat du journal dans un communiqué. « Au cours des trois dernières années seulement, les effectifs du Post ont [déjà] diminué d’environ 400 personnes », a-t-il ajouté, disant « s’opposer vigoureusement à toute nouvelle réduction d’effectifs ». Ces derniers jours, de nombreux reporters, notamment à l’étranger, avaient écrit à Jeff Bezos pour lui demander de s’y opposer, visiblement sans succès.
Cette décision était attendue depuis que le quotidien avait annoncé aux journalistes qui avaient réservé leur voyage en Italie pour couvrir en février les Jeux olympiques qu’ils ne s’y rendraient pas. Le quotidien, qui a à son actif la révélation du scandale du Watergate et de multiples prix Pulitzer, est en crise depuis plusieurs années. A l’automne 2024, le Washington Post n’avait pas publié d’éditorial pour soutenir Kamala Harris dans l’élection présidentielle face à Donald Trump, alors qu’il avait soutenu les candidats démocrates aux présidentielles de 2008, 2012, 2016 et 2020.
Beaucoup y avaient vu la main de Jeff Bezos, qui, trois mois plus tard, s’est affiché au premier rang de la cérémonie d’intronisation de Donald Trump. Ses entreprises ont d’importants contrats avec l’Etat fédéral, du stockage de données à l’espace. Selon la presse, ce non-soutien avait provoqué une hémorragie d’abonnés, déçus par ce nouveau positionnement. Une vaste réorganisation de la rédaction lancée en 2024 avec l’arrivée d’une nouvelle direction avait secoué en interne, et de nombreux journalistes étaient partis travailler pour la concurrence.









